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Vadrouille du 31 août au 3 septembre

samedi 5 septembre 2009, par Mickaël Brangeon

 Préambule

Après la vadrouille vers Corvette, je suis retourné sur nouchimi quelques jours pour ravitailler en nourriture et essence. D’ailleurs, la génératrice ne va pas mieux, cela empire même. Je songe à la rapatrier pour un gros nettoyage avant l’hiver.

A nouchimi, tout est tranquille : l’équipe présente va s’en aller le lendemain où j’arrive et Lucie va revenir un peu plus tard. Toute la place est pour moi et j’en profite pour faire… de l’ordinateur comme d’habitude !

De retour au camp et quelques jours avant le tipi de fin de mois, je pars deux jours pour voir où en sont les pistes. Je trouve bien des crottes, en nombre. Mais un peu vieilles. Et l’équipe d’entretien de la route a choisi le même secteur que moi, ce qui ne favorise pas les rencontres. Sortie peu intéressante donc, d’autant plus qu’il va pleuvoir presque tout le temps. Cela se remarque sur le niveau de l’eau. Depuis une semaine que le temps est à la pluie, le lac où j’avas campé en été (lors de la rencontre avec les louveteaux) a pris 10 bons cm

Pour cette vadrouille, je décide d’aller dans un secteur à orignal. C’est en effet la saison du rut et j’aimerais vraiment en observer et prendre quelques photos : le roi de la forêt manque à la galerie !

J’avais repéré quelques coins sympas lors de précédentes vadrouilles et j’en choisis un pas trop loin du secteur où je pense que la meute reste assez souvent en ce moment.


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 Lundi 31 août

J’avais décidé de partir la veille, mais la forme n’était pas au rendez-vous. Ce matin, tout est impec et je suis sur le départ vers 10h30, après le dernier petit tour sur la toile.

Le ciel est couvert mais on voit pas mal de bleu quand même. Je passe par le tipi, puis la réserve de nourriture (qui est dorénavant près de la route), embarque pour 4 jours de nourriture et entame le parcours.

Le sac est plus chargé que lors de la sortie vers le corvette : il commence à faire plus frais la nuit et je prévois une veste, un pull et deux paires de chaussettes supplémentaires. C’est un des inconvénients de la période qui s’annonce : l’encombrement est plus important et il n’y a pas encore de neige pour tirer un traineau. Il faudra que j’aille récupérer le carrix assez vite.

Jaseur d'amérique

Beaucoup d’oiseaux sur le bord de la route. Je ne sais si c’est le refroidissement qui les fait s’activer de la sorte, mais ca frétille de partout. Je suis la route jusqu’au lac « lunch ». C’est ici ma porte d’entrée vers la zone d’observation. Plus au nord en fait, mais après c’est du hors-piste.

Tout le coin est marqué par une forte présence d’eskers, fortement utilisés par les animaux pour leurs déplacement (et je les utlise aussi, y’a pas de raison !). Ils sont presque tous orientés est-ouest et la végétation moins dense à leur sommet offre une marche agréable.

Je navigue entre un grand lac et la ligne d’énergie, je suis les traces assez nombreuses. Les mouches sont toujours présentes par contre et elles sont voraces. Je me fais une raison en pensant que bientôt, elles feront moins les malines.

Tourbière

Pour aller dans le secteur désiré, il faut monter plus au nord, et il faut contourner un grand lac, situé après la ligne. Je ne suis pas pressé : j’ai ma maison sur le dos. Je m’arrête lorsqe je trouve des petits trous d’eau ou des tourbières qui pourraient être des coins de passage pour un orignal. Je ne vois rien venir, mais ca ne m’étonne pas plus que ça. Ce n’est pas pour rien que je n’ai jamais réussi à en prendre en photo depuis le début.

J’arrive tout de même sous la ligne, que je suis quelque temps. Une belle trace d’ours ouvre la marche. Plus loin, je me rapproche du grand lac, presque entièrement entouré d’eskers de grande taille. Certains me font penser à des digues des réservoir Hydro-Québec. C’est d’ailleurs le rôle qu’ils ont du joué dans la création de ce lac aux formes assez particulières. Je vais, je viens, au fil des crêtes et des petits ruisseaux qui irrigent le lac. Les traces ne manquent pas et la marche est agréable, les arbres clairsemés et pas de thé pour m’axphyxier. Au bout du lac, je tente de monter nord, mais un ruisseau assez large m’en empêche. Je dois poursuivre et faire le tour d’un autre lac. La montée d’une butte me permet d’en avoir une jolie vue.

Lac depuis esker

Plus à l’est, je retrouve un itinéraire connu et entame un secteur plus pénible pour aller vers le nord. Je continue plus loin que la dernière fois (ce printemps) et contourne largement la colline au lieu de la gravir. Les pistes d’orignal commencent à être très marquées et vont dans tous les sens. Elles conduisent tout le temps vers une source d’eau, mais comme il y en a partout.

Le coin ici est très joli. rien à voir avec les alentours du Corvette : pas de brûlé par ici. Le soleil est maintenant assez bas. je pousse encore plus loin pour être dans la zone centrale. Je pourrais ensuite rayonner les jours suivants. Au passage, je retrouve la lac aux castors, mais il n’y a pas âme qui vive. Et le coin n’est pas idéal pour poser le camp : trop humide. La fin du trajet est ardue car la végétation est touffue. J’arrive néanmoins à bon port et m’installe sur le bord d’un lac.

Le temps de monter le tarp et de trouver un peu de bois, le soleil arrive en fin de course et je soupe dans la noirceur.

 Mardi 1er septembre

Il a plu un peu cette nuit et le ciel reste couvert. Rien de dramatique. Je laisse le camp ici et vais rayonner dans le secteur aujourd’hui : je suis plus à l’aise et silencieux avec un sac moins chargé.

Piste de loup

Je choisis de partir vers l’est et explore les eskers de cette zone. En haut du plus impressionnant, une belle piste fraîche d’orignal et une piste de loup moins marqué (le poids n’est pas le même non plus). Je marche lentement, faisant le moins de bruit possible, dans un environnement clairsemé et tranquille.

Esker

Je me laisse envahir par cette ambiance, qui accompagne souvent les zones où le lichen est majoritaire. je suis, au fil de mon avancée, les pistes de ou des orignaux qui ont fait leur territoire en ce lieu.

Ciel menaçant

Je passe de tourbière en trous d’eau, découvre des petits lacs perdus entre les eskers. Je gravis une colline plus fournie en végétation. Je vais m’arrêter sur le bord d’un lac de taille moyenne. Un rocher sur la rive m’inspire. Je m’installe et patiente en rédigeant ce carnet.

Orignal et son petit

J’entends quelque chose troubler l’eau du lac. Une mère orignale avec son petit ! Ils sont sortis du bois et rentrent dans le lac. Presque en face de moi et ils ne m’ont pas vu (ou ne se soucient pas de moi). Je peux les observer assez longtemps. Leurs mouvements sont lents et paraissent « réfléchis ». La mère en impose, c’est assez impressionnant. Dommage que la lumière ne soit pas au rendez-vous pour les photos.

Orignal et son petit

Après quelques temps, la mère et son petit sortent de l’eau et repartent du même coté qu’ils sont apparus. Je retourne ensuite à mon carnet pour noter cette rencontre. Mission accomplie, je suis heureux. Il y a des instants de bonheur, des rencontres espérées qui se réalisent parfois. Dans le calme, sans artifice ni provocation.

Fin de la rencontre

Je reprends ensuite mon chemin. En sens inverse des orignaux. Je ne veux pas casser cette rencontre, je ne veux pas les déranger. je longe le lac vers le nord un moment puis gravit la colline qui se trouve à son flanc, suivant une piste qui m’inspire.

La colline est abrupte . Je dévie, trouve un passage parfois, revient en arrière et escalade certains gros rochers. J’essaye aussi de prendre en photos quelques oiseaux, mais ils sont trop vifs pour moi !

Bleuets

Au sommet de la colline, j’ai droit à une vue générale de la zone. En face, plein nord, la rivière La-Grande est encore assez loin. L’inconnu pour moi. plus proche, je reconnais l’itinéraire pris ce printemps. Je suis content, je sais où je suis. D’un point de vue pratique, c’est une bonne chose car les piles de mon GPS sont à plat ! et d’un point de vue personnel, c’est une bonne chose aussi car j’améliore mes notions d’orientation et j’ai des repères plus instinctifs.

Je fais ma pause lunch sur le haut de la colline. Je n’ai pas une super vue, mais c’est un coin où j’espère voir voleter quelques oiseaux. J’en ai vu, mais petits et beaucoup trop loin pour les reconnaître. C’est dans ces moments là que je me rends compte que les ornithologues comme glaurung ont un sacré coup d’oeil et des années de pratique.

Bord de lac

Je passe ensuite le reste de l’après midi à vadrouiller dans cette zone restreinte. Je continue de crapahuter, d’un pas d’orignal, je « sens » la zone, je fais connaissance. C’est un coin riche, il y a de tout ici. Très abrupte par moment. Plus vraiment des collines mais un amoncellement de très gros rochers. Certaines voies sont sans issues et nécessitent des détours. Certains passages sont obligés et les pistes au sol me montrent que la règle est valable pour tous.

lac

Certains trous d’eau m’inspirent et je m’y arrête, le temps d’attendre que le silence se fasse. La vie s’active surtout dans la vallée, entre les deux plus grands lacs, le long du plus grand ruisseau. C’est là que je vais passer le plus de temps. Beaucoup de champignons également, dont beaucoup sont arrivés à terme.

Champignon

Vers le milieu de l’après midi, je suis au niveau du tarp. J’en profite pour avancer le souper. Bonne idée car je vais échapper à une bonne averse. Je repars ensuite visiter le nord du grand lac. J’aime beaucoup l’ambiance qui y règne, à dominance jaune et verte. Elle rayonne dès que le soleil l’embrasse.

Zone clairsemée sèche

J’explore tranquillement et suis les pistes ; Beaucoup d’orignal mais aussi d’ours. Je rejoins plus à l’est une « autoroute » qui me mène vers le lac où j’ai rencontré la petite famille orignale. Cette zone semble être un passage obligé. Les pistes sont taillés au couteau et le thé du labrador n’y poussera plus avant un certain temps ; Je serpente dans le dénivelé. L’orignal utilise les même méthodes montagnardes pour ses sentiers pentus.

Les nuages vont se faire plus menaçants à mesure que la journée se termine. La pluie va arriver ensuite.J’entame alors le retour vers le camp. Cela me prépare à la journée de demain, qui a été annonçée pluvieuse par la météo.

L'automne arrive

Cela va se calmer ensuite, alors que je suis de retour au camp ; Je me pose au bout d’un esker, avec une vue large sur les rives d’un lac ; Je m’installe et patiente en rédigeant ce carnet ; Par contre, une mauvaise nouvelle : le nikon n’a pas apprécié l’averse et refuse quelque ordre que ce soit. Je vais le mettre dans le sac de couchage cette nuit pour le sécher, en espérant que cela soit passager.

 Mercredi 2 septembre

Ciel couvert mais pas de pluie pour ce début de matinée ; J’ai perdu du gruau et du sucre, ils ont pris l’humidité. J’ai un fond de gruau utilisable mais le sucre est à oublier.

Je repars pour une journée de ballade ; Ce sera la dernière. Je reprends par le nord et les eskers, changeant légérement d’itinéraire. Il y a tellement de secteurs cachés qu’il faut quadriller serré pour voir tout ce qui se cache dans cette zone. Le lichen est bien glissant et les descentes sont parfois peu orthodoxes !

Je teste l’appareil photo : il fonctionne par à coups. Je dois jouer avec la batterie pour qu’il daigne prendre une photo.Il va vraiment falloir que je trouve une protection digne de ce nom pour sauvegarder ce qui peut l’être.

Arrivé au lac de la rencontre, je m’installe sur une rive opposée et patiente quelque temps. Pour espérer une autre rencontre, il est illusoire de bouger. L’orignal est doté d’une très bonne ouie et me détecterait aussi sec.

Champignon

Le ciel est bien gris, mais toujours chanceux, je suis encore au sec. Les mouches sont au rendez-vous, pas de souci. A croire qu’elles savent que leur saison se termine et qu’elles profitent de chaque occasion ; J’en suis une malheureusement !

Après un peu d’attente sans résultat, je repars et longe le lac du coté que je n’ai pas visité. Ce lac est tout en longueur et l’accès n’est pas évident. Le ciel s’assombrit de plus en plus.

Lorsque le lac prend fin, je continue dans la vallée qui le prolonge. Je suis les pistes toujours bien présentes et marche dans un milieu bien encaissé ; A droite et à gauche, deux belles collines me font sentir à ma place, petit. Je file ensuite vers le nord, lorsque la coline commence à faiblir un peu. Au sommet, une jolie vue sur la rivière La-Grande, sous des nuages annonçant une pluie imminente ;

Attenton, la pluie s'en vient

Cela ne va pas rater : j’ai juste le temps de manger ma boîte de sardines et quelques bleuêts avant que cela me tombe dessus. J’enfile le poncho et laisse couler un peu. Je lève le camp ensuite. De toute façon, c’était prévu et cela va durer : le ciel n’annonce que du sombre.

Je remballe avant le nikon : il a déja souffert hier et il ne sert à rien dans ces conditions. je repars vers l’ouest et entame la découverte par les crêtes de cette longue colline. Je me rends compte aussi que cela va être la dernière saison des chaussures meindl fournies par Gore-Tex : il y a des trous un peu partout et je fais vite « splotch » à l’intérieur !

Je dois d’ailleurs m’arrêter plus loin pour déchausser, vider les bottes et éssorer un peu les chaussettes.A rester comme cela, cela ne peut que m’emmener ampoules et blessures.

Pas de rencontres particulières, mais j’avoue qu’entre la pluie assez violente, les pieds dans une pataugeoire et le thé qui me fouette, mon attention est peu ailleurs ! la crête est irrégulière, je navigue de droite et gauche pour maintenir le cap et trouver les passages un peu moins périlleux.

Cela me paraît long avant que je retrouve le lac en visuel ; Je refais le tour et me dirige vers le camp. J’ai besoin de me sécher un peu, de changer de chaussettes et d’avaler une bonne soupe chaude !

Mes provisions de bois sec sont un peu justes. Je vais devoir me refaire à l’idée de prévoir plus de marge, nous ne sommes plus en été ! Je récupère quelques branches mouillées, qui vont sécher autour du réchaud. La chaleur qui en rayonne fait du bien !

Bonne nouvelle : les nuages vont laisser ensuite la place au soleil. Les nuages défilent très vite et le cel bleu se fait majoritaire. Il est plus tard que je ne le pensais mais il est encore temps d’aller refaire une petite balade. Je mets les chaussettes trempées à sécher sur une branche, ressort l’appareil et constate que la batterie est à vide. Pas grave, j’en ai une autre.

Lac

Je repars ensuite marauder dans la zone verte-jaune si agréable. Je refais le tour des trous d’eau et des tourbières mais pour prendre des photos, c’est une autre histoire :
- enlever la batterie
- la remettre d’un coup sec
- refaire cette manip jusqu’à l’obtention d’un « clic »
- la ressortir et la rerentrer encore une fois ou deux : il ne veut pas « focuser »
- prendre la photo.
- si, j’en veux une autre à la suite, refaire toute l’opération…

Autant dire que c’est mort pour les oiseaux et tout ce qui bouge. Je crains le pire. J’essaye d’en plaisanter, mais perdre le nikon serait un vrai coup dur pour le projet. Un truc en plus à cogiter, une parade à trouver. Une idée en tête se met en place, mais il faut voir comment la mettre en place…

Lac

J’arrête ma promenade sur le bord d’un lac, gachée par tant de préoccupations techniques et si peu en rapport avec l’ambiance qui devrait nourrir mon esprit. rien ne va venir me sortir ces idées de la tête ce soir.

 Jeudi 3 septembre

Le dernier jour de cette vadrouille commence avec un ciel mitigé, me laissant la surprise de la météo. Alors que je déjeune, un hurlement se fait entendre, tout proche. Un seul loup semble être au niveau de l’esker le plus haut et le plus proche. Un seul hurlement bref.

Je sors bien sur mais cela ne m’avance pas. Quelques minutes plus tard, un autre hurlement du même type mais plus éloigné ; Je suis content : ce loup a forcément senti ma présence en ces lieux et j’y étais avant lui. Cela va dans le bons sens ;

Après le remballage des affaires, je gravis l’esker mais ne discerne pas de traces sur le terrain sablonneux.Il a du passer de l’autre coté. Je ne suis pas la direction générale du hurlement, je continue l’itinéraire choisi : les crêtes tout le long, jusqu’au torrent où mon sac avait pris l’eau quelques mois plus tôt.

La première étape est aisée car clairsemée. A partr du moment où je rejoins les plus hauts sommets, cela devient plus dense. Je prends avec difficulté une dernière photo d’un esker. Le nikon ne vas pas mieux.

Esker

Toujours des pistes d’orignal, mais moins marquées. La crête est en fait composée de plusieurs sommets que je gravis.Le temps n’est pas mauvais, pas trop chaud et pas de pluie, c’est plutôt une amélioration par rapport au jour précédent.

Je vais faire une pause au niveau de la ligne, lorsque je commence à redescendre et arrive à la source du torrent ; J’essaie ensuite une nouvelle voie qui n’est qu’un sans issue.Mais au moins je le saurais pour les prochaines !

En retrouvant un secteur connu, j’ai la grande chance de retrouver le couteau que j’avais perdu. Un scintillement de soleil sur la lame. Je l’avais pourtant bien cherché ! comme quoi !

je reconnais difficilement une portion qui n’avait été qu’un jeu d’enfant ; C’est dorénavant un mélange de lac et d’arbustes, qui m’oblige à faire trempette pour m’extraire de la zone. Ensuite, cela redevient aisé car je rejoins un sentier d’accès à la ligne, qui me conduit jusqu’à la route ;

Il reste ensuite peu de km et je suis de retour au camp en milieu d’après midi.Je stoppe au tipi pour me faire une soupe et arrive, content de pouvoir me déchausser et sécher mes pieds trempés. Fin de cette vadrouille.

Voir en ligne : Les photos de cette vadrouille




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