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Publié : 26 juin 2008
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Systèmes de classification de l’habitat pour l’étude : premières approches

 I. Intérêt d’une classification de l’habitat

Dans la première phase du projet, nous avons convenu avec Mickaël d’effectuer une cartographie du territoire au niveau habitat. Cette cartographie a plusieurs intérêts :

- d’une part, optimiser la phase d’exploration du territoire. La première année, les rencontres avec la meute seront plutôt occasionnelles, du moins trop furtives et influencées par la présence de l’observateur pour en retirer des données exploitables sur l’éthologie même de la meute. Nous allons donc utiliser ce temps nécessaire à l’intégration et l’habituation de la meute pour explorer toutes les zones du territoire. Plusieurs avantages : se familiariser avec l’ensemble de la zone, obtenir une connaissance plus approfondie de l’écosystème dans lequel évolue la meute, et avoir la possibilité de laisser son odeur un peu partout, pour faciliter l’habituation.
- d’autre part, les données sur l’habitat recueillies dès le début de l’étude pourront être mises ultérieurement en corrélation avec les données d’indice de présence ou de présence elle-même pour tenter de déterminer s’il y a ou non sélection de l’habitat au niveau du domaine vital ou à l’intérieur du domaine vital, ou pour le choix du site de la tanière, ceci par l’intermédiaire de logiciels appropriés.

 II. Principes de bases pour mettre en place le système de classification de l’habitat

La question à se poser dans le cadre de l’étude est : quels types d’habitats allons nous cartographier pour pouvoir étudier l’écologie de la meute au sein de la taïga ?

Il n’existe pas de classification idéale, appliquable quelle que soit l’étude envisagée. Il est important d’adapter les différentes classifications déjà effectuées à la question qu’on se pose.

En effet il est évident que le système de classification choisi variera sensiblement, pour une même zone, suivant si on étudie l’écologie d’une espèce comme le loup ou comme celle d’ un amphibien, par exemple. Pour une même espèce, le système variera également suivant la région du monde : un système de classification mis en place pour étudier l’écologie du loup au Canada diffèrera complètement de celui mis en place pour étudier l’écologie du loup au Moyen Orient par exemple ou même plus proche, dans la toundra.

Etant donné la taille d’un territoire à loup dans le Nord du Quebec : environ 1500 km², on ne peut pas se permettre d’avoir une classification trop détaillée, de type « floristique » et « spécifique ». On va préférer une classification de type « physionomique ». Il faut donc se baser principalement sur le couvert végétatif (structure et architecture de la végétation : espacement, hauteur d’arbres…etc) et la qualité du sol (sec ou humide), deux éléments fondamentaux qui peuvent influencer les mouvements des animaux tels que le loup.

Principe : il faut choisir une classification telle que :

- celle ci soit suffisamment précise pour ne pas perdre d’informations et obtenir des données intéressantes. Si on crée une classification trop large, on risque de passer à côté d’un critère de sélection d’habitat pour l’espèce étudiée. Si l’espèce effectue une sélection d’habitat (dans ses déplacements, pour le site de la tanière…etc), cette sélection passera inapercue si la classification choisie est trop large.
- mais en même temps, la classification ne doit pas être trop précise. D’une part, techniquement, l’exploration de la zone se fait à pied et celle ci s’étend sur 1500km². D’autre part, si on veut faciliter l’analyse des données, une fois la classification terminée, il ne faut pas se retrouver avec des dizaines d’habitats différents. L’analyse deviendrait longue, compliquée et fastidieuse et n’apporterait pas forcément les éléments de réponse attendus.

Certains milieux peuvent être regroupés sous le même critère de classification sans pour autant perdre d’information (toujours à l’échelle du loup). Exemple : les marais, tourbières, marécages peuvent être réunis sous le même critère « zones humides asphyxiantes ». Leur différenciation, qui peut être utile dans certains cas, ne l’est pas précisément ici.

Il faut donc trouver un juste milieu. Toute la base du protocole de classification du territoire est basée sur cet équilibre « ni trop, ni pas assez ». L’idéal dans ce genre d’étude est d’obtenir une classification comprenant entre 10 et 15 habitats différents.

Les critères de base à prendre en compte pour mettre en place un système de classification sont :

- identité et abondance des espèces végétales
- structure et architecture de la végétation
- type de sol : humide ou sec
- profondeur de l’eau
- contenus organiques
- la pente
- l’altitude
- tout autre critère qui caractérise l’environnement immédiat

 III. Application sur le terrain

Après une première approche du milieu dans lequel nous allons évoluer (premières balades, premières observations et remarques) et une documentation sur le sujet (études de sélection d’habitat chez les loups réalisées dans d’autres pays, études de la classification nationale standard de la végétation en amérique du Nord…etc) voilà une première idée de ce que donnera le type de classification retenue, sachant que le schéma est réalisé avant l’arrivée sur zone, il est donc fort possible que des modifications soient effectuées en fonction de la végétation trouvée effectivement sur place :

1°)

- forêt de conifères dense sur sols humides
- forêt de conifères claire sur sols humides
- forêt de conifères dense sur sols secs
- forêt de conifères claire sur sols secs

La distinction faite entre sols humides et sols secs est souvent effectuée dans les différentes classifications observées. En ce qui nous concerne cette distinction sera surement à faire étant donné que le territoire se situe sur une zone relativement vallonnée (200 pieds de denivelés). Les deux habitats seront donc relativement distincts, en fonction du dénivelé.

Un autre critère est également à prendre en compte dans ce genre d’étude : l’espacement entre les arbres (crowns interlocking or spaced) qui détermine une forêt dense ou claire.

La forêt boréale est plutôt une forêt dense, plus on monte en latitude plus l’espacement entre les arbres devient important. Nous pouvons donc déjà supposer que sur la zone les deux types de forêt, dense ou claire, soient rencontrées. Ces deux critères peuvent influencer les loups lors de leurs déplacements et sont donc à prendre en compte.

2°)

- mixte conifères/feuillus. les feuillus sont relativement peu nombreux à cette latitude mais restent encore présents à certains endroits. Leur présence entraine un sous-bois différent, plus touffu…on les prendra donc en compte.

3°)

- feu récent (<5 ans) : premier stade de succession écologique : stade d’établissement dit "pionnier".
- régénération : Ce sont des habitats en deuxième ou troisième étape de succession écologique (stades de développement), en général broussailleux et très arbustifs qui se développent avant la forêt elle même.

En effet, la zone d’étude choisie est et a été souvent propices aux feux naturels de forêts. De grandes étendues brûlées sont visibles sur les cartes satellites.

Après une perturbation l’écosystème forestier passe par trois stades de succession avant de s’être tout à fait renouvelé . Au stade de l’établissement, les lichens et mousses viennent occuper les espaces libres (roches nues, flaques d’eau) puis les plantes herbacées dominent le site mais pour une très courte durée car un grand nombre de petits arbres commencent à les dépasser. Puis le stade de développement commence . Les arbres à croissance rapide (les "intolérants a l’ombre"), formeront un premier couvert d’arbustes puis éventuellement le couvert arborescent sous lequel la cohorte d’arbre en sous étage , les "tolérants à l’ombre", aura lentement pris place. Le stade de renouvellement correspond à la période durant laquelle les arbres intolérants qui formaient le couvert dominant sont progressivement remplacés par les arbres tolérants pour former le nouveau couvert.

- coupe récente : en particulier sous les lignes électriques : également des habitats plutôt de type broussailleux. Il sera possible de regrouper les "coupes récentes" avec les "régénérations" sous le terme "développement de seconde succession" puisqu’ils se situent au même stade de succession écologique même si la perturbation d’origine est différente (feu ou coupe à blanc).

4°)

- zones humides asphyxiantes : zones sans arbres mais possibilité d’arbustes ou végétation des marécages (wetlands) : marais , tourbières, marécages…etc

- terrain sans végétation : roches, sables, sols nus…etc

5°)

- eau libre (lacs, rivières, réservoirs…). On peut faire la distinction entre eau courante et eau stagnante mais pour l’étude il n’y a pas trop d’intérêt. Un autre critère de distinction est préféré :

— eau peu profonde (<1m) : possibilité de passage à gué
— eau profonde (>1m) : pas de possibilité de traverser sans nager

6°)

activité humaine : bâtiments, routes, camps, sentiers…etc

7°)

- non identifié : si une zone du territoire reste indéterminée car non explorée (ce qui normalement ne devrait pas arriver) ou si la zone ne rentre dans aucun des critères si dessus. Dans tous les cas, cette « case » ne doit pas exceder 5% du territoire.

Ces 13 à 14 habitats à cartographier vont nous servir de base de travail les premières semaines. Ils pourront être modifier au fil des explorations mais aussi au fil des saisons.

Prochain article sur la méthode utilisée pour appliquer cette classification sur le terrain (grâce aux coordonnées GPS et les cartes de la zone disponibles). En effet, une fois la classification mise en place, il faut déterminer une méthode de prise de données afin de faciliter le travail de terrain mais aussi la vectorisation des cartes raster.

Voir en ligne : La Taïga, voyage en terre boréale