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Publié : 15 novembre 2008
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Système de classification de l’habitat en taïga : modifications apportées après les trois premiers mois de terrain.

Avant l’arrivée sur zone, une première classification avait été mise en place afin de faciliter les premières approches de terrain et permettre la mise en place du protocole plus rapidement.

Cette classification était basée sur l’étude de différents systèmes officiels, créés pour les régions de taïga/toundra, et sur des articles scientifiques visant l’étude de la sélection de l’habitat chez des populations de loups. Elle était également basée sur nos premières explorations effectuées autour du « camp des pins ».

Ce système devait servir de base mais restait évidemment sujet aux modifications suivant ce qu’on allait rencontrer sur la zone d’étude. Le système a été remodelé plusieurs fois tout au long des trois premiers mois, au fil des vadrouilles et de la découverte du terrain. Le changement de camp, intervenu la 6e semaine de terrain, a également amené des modifications dans le système puisque la nouvelle zone s’est révélée sensiblement différente de la première (en particulier au niveau de la fréquence et de la nature des zones de brûlés et un dénivelé plus important de 400 pieds).

La taïga semble assez monotone et uniforme, vue de loin, mais en la traversant on réalise qu’il s’agit en fait d’ une mosaïque de types de végétation très divers. La composition de la forêt varie donc considérablement selon le climat, la topographie, le sol et les effets des feux de forêts, des insectes et des maladies.

La classification de l’habitat sur le terrain s’est donc révélée plus difficile qu’il n’y paraissait. On y trouve, par exemple, des arbres hauts qui sont souvent espacés, tout aussi bien que de nombreux arbres, plus petits et beaucoup plus proches les uns des autres et la distinction, par exemple, entre forêt dense et clairsemée n’est pas toujours aisée.

Taïga

 1. rappel des différents habitats proposés avant l’arrivée sur le terrain

Pour la description de ses habitats, se référer au précédent article.

- forêt de conifères dense sur sols humides
- forêt de conifères claire sur sols humides
- forêt de conifères dense sur sols secs
- forêt de conifères claire sur sols secs
- foret mixte conifères/feuillus
- feu récent (<5 ans) 
- régénération
- coupe récente 
- zones humides asphyxiantes 
- terrain sans végétation : roches, sables, sols nus…etc
- eau peu profonde (<1m) 
- eau profonde (>1m)
- activité humaine
- non identifié

Certains habitats n’ont pas été modifiés, en particulier : les zones de forêt dense sur sols humides ou secs et les zones de forêt claire sur sols humides ou secs, les zones humides asphyxiantes, les eaux profondes (lac ou rivière), l’activité humaine et les habitats « non identifié ».

D’autres habitats ont été éliminés : forêt mixte, terrain sans végétation, eau peu profonde. D’autres ont été rajoutés. Les paragraphes suivants expliquent pourquoi ont eu lieu ces modifications.

 2. les habitats du premier système, qui ont été enlevés

a. forêt mixte de feuillus et de conifères

Au camp des pins, proche de la zone où Mickael a passé les deux années du premier projet, ce type d’habitat restait encore fréquent malgré la latitude élevée. Il avait donc été inclus dans le système de classification.

La zone d’étude du présent projet se trouve à une latitude quasi identique (53 degrés de latitude Nord) mais à 400 km plus à l’intérieur des terres, beaucoup plus loin de la Baie.

Les feuillus ont presque été tous remplacés par les conifères : épinette noire, pin gris ou mélèze. Les seuls feuillus rencontrés étaient sporadiques, n’apparaissant que de manière irrégulière, çà et là. L’habitat « forêt mixte », pourtant typique de la forêt boréale, a donc été éliminé.

b. terrain sans végétation

Cet habitat désignait les zones sans végétation mais ne résultant pas de la présence d’un sol humide asphyxiant. Il s’agissait de tout ce qui était roche, sable, sols nus…etc.

Cet habitat a été éliminé de la classification finale car trop peu fréquents à l’échelle de sélection choisie : 50m/50m. Les zones de « terrain sans végétation » étaient beaucoup plus petites et incluses dans des habitats plus larges.

SANY0108

Les gravières qui ont été créées et utilisées pour construire la route transtaiga auraient pu rentré dans cette catégorie. Cependant, toutes les gravières rencontrées se situaient le long de la route et étaient envahies pour la plupart par les aulnes ou autres arbustes et ne constituaient plus des « sols nus ». Elles ont donc été incluses soient dans l’habitat « zones arbustive » (voir paragraphe suivant) soit dans « activité humaine » lorsqu’elles étaient encore vierges d’arbustes.

c. eau peu profonde

la distinction entre eau profonde et eau peu profonde n’a finalement pas été faite. La plupart des lacs était trop profonds pour permettre une traversée a gué. Les lacs peu profonds se sont révélés être surtout des « trous d eau » étroits, entourés de tourbière et ont donc été inclus dans l’habitat « zone humide asphyxiante »

tourbière

Les ruisseaux étaient étroits et franchissables à gué par les animaux et ne constituaient pas vraiment de barrières à leurs déplacements. Par contre, leurs présence influaient le type d’habitat autour, en général dense humide, sur une distance moyenne de 20m de part et d’autre du ruisseau.

forêt dense

A notre échelle (50m/50m), ils ont donc été inclus dans des habitats plus général.

 3. les habitats qui ont été rajoutés

a. forêt variée, mosaïque

Dès la première semaine de terrain, il est apparu rapidement que la distinction entre forêt clairsemée et dense n’était pas si aisée, voire même parfois impossible. Les feux, entre autres, façonnent la forêt.

La régénération est plus ou moins rapide selon les zones et les sols. On trouve donc une combinaison de peuplements d’arbres, grands et petits, vieux et jeunes, à différents stades de succession.

J’avais conscience de trouver une telle mosaïque d’habitats avant de se retrouver sur la zone, mais pas sur une échelle aussi petite.

Sur une zone de 50m/50m, nous pouvions à la fois trouver une mosaïque de lichens (sol sec) ou de mousse (sol humide) ainsi que des arbres plus ou moins espacés, formant des bosquets assez denses au milieu d’espaces beaucoup plus larges.

J’ai donc inclus un nouvel habitat « forêt mosaïque » qui regroupe les différentes caractéristiques des forêts denses ou claires, sur sols secs ou humides, mais sur de courtes distances.

taïga : forêt mixte

b. zones arbustives denses

Cet habitat, assez inattendu, a été rencontré assez fréquemment sur la zone d’étude, en particulier :

- tout le long de la route transtaiga, le long des chemins latéraux et au niveau de certaines gravières avoisinant la transtaiga.
- Fréquent dans certaines zones humides, en bord de rivière ou entre deux lacs par exemple.
- Plus à l’intérieur des terres, de façon sporadique.

L’habitat est caractérisé par des arbustes, feuillus, de taille importante (taille humaine), en général des aulnes. La densité de la végétation y est importante et leur traversée est souvent difficile.

Mickael traverse les aulnes

Remarque : cet habitat ne correspond pas aux sous-bois des forêts denses humides, qui sont parfois, également constitués d’arbustes en densité importante. Comme son nom l’indique, le sous-bois désigne l’ensemble de la végétation qui pousse sous les arbres.

S’il nous est arrivé de croiser des sous bois arbustifs denses, ceux ci ont été classés dans « forêt dense humides » et non dans « zones arbustives denses ». Une des caractéristiques principales de cet habitat est qu’il se situe hors de la forêt.

c. régénération dense/claire

Les feux sont fréquents dans la forêt boréale en raison de la nature combustible de ses arbres et de son climat tiède et sec qui favorise le temps à incendie. Les feux, dans ces régions, détruisent habituellement la plupart des arbres, et en conséquence la forêt boréale se présente comme un patchwork de peuplements qui reflètent le temps écoulé depuis le dernier incendie.

Par un processus appelé « succession écologique », la composition du milieu végétal et animal change avec le temps après le passage d’un feu de forêt.

Brûlés

Les zones de « brûlés » ont posé quelques problèmes pour la mise en place du système de classification. En effet, les zones de régénération se sont révélées très différentes selon les endroits.

Tout comme nous pouvions trouver des forêts denses ou clairsemées, nous pouvions trouver des zones en régénération dense ou clairsemée, plus ou moins faciles d’accès. Rapidement, il s’est révélé important d’en faire la distinction.

Plusieurs essais de classification ont été tentés, plus ou moins fructueux, en particulier, distinguer les 2e et 3e stades de renouvellement qui pouvaient parfois se retrouver côte à côte dans une même zone. Cette distinction s’est révélé beaucoup trop difficile à mettre en place sur le terrain, faisant appel à trop de subjectivité de la part de l’observateur et a donc été abandonné.

Le degré de renouvellement ainsi que l’accessibilité des ces zones dépendent de plusieurs facteurs : la nature du sol (humide ou sec), l’état du « brûlé » (arbres tombés au sol ou encore debout, le fait que le feu ait atteint une forêt dense ou clairsemée à la base, etc…

Comme il est difficile de prendre tous ces critères en compte au risque de se retrouver avec un nombre d’habitats trop importants et de ne plus respecter la règle du « ni trop, ni pas assez  », il a été finalement décidé de choisir une classification simple, basée uniquement sur le degré d’accessibilité de ces zones

un "brûlé" en régénération

En ce qui concerne les brûlés, j’ai donc décidé de distinguer trois habitats :

Feu récent : quelque soit l’année de passage du feu, nous classons dans cette catégorie, les zones qui en sont encore au stade de développement, sans que le doute soit possible. Ce sont les zones où on ne trouve encore aucun épineux en repousse. Dans ces zones, on observe principalement de la mousse ou du lichen au sol (suivent la nature du sol), et des arbustes plus ou moins abondants (aulnes, thé du labrador…), mais aucun épineux.

Stade de régénération : stade plus avancé de renouvellement où les épineux sont déjà en repousse (plus ou moins avancé). A l’intérieur de ce stade, nous distinguons suivant le degré d’accessibilité,les zones en régénération dense (beaucoup d’arbustes, d’épineux en repousse,d’arbres tombés au sols…etc qui entrainent une progression lente et difficile, le sol est souvent humide) ou régénération clairsemée (les arbustes sont peu nombreux, les épineux en repousse sont souvent des pins et le sol est la plupart du temps, sec..la progression est beaucoup plus aisée et moins entravée).

La question s’est également posée d’inclure ou non dans la catégorie « stade de régénération » les zones en renouvellement se situant sous les lignes électriques (le principe de succession étant environ équivalent). Cependant, la distinction reste pour plusieurs raisons.

D’une part, car la cause provoquant la régénération est différente (ici il s’agit d’une coupe anthropique et non d’un feu naturel) et le stade de développement est beaucoup plus court qu’après le passage d’un feu. D’autre part, le stade de régénération n’atteint jamais un degré important car les débroussaillages sous les lignes se font régulièrement (tous les 3-4 ans).

Au final, il a donc été décidé de garder distinct l’habitat sous les lignes électriques.

habitat sous les lignes électriques

 4. Informations prises en complément

Pour compléter la base de données liées à l’habitat et répondre aux différents intérêts qu’apportent cette cartographie, des données ont été prises en parallèle de ce système.

Exemples : en ce qui concerne les lacs, une base de données comprenant une photo, le point GPS, et des informations concernant la taille ou l’accessibilité des bords de lacs ont été rajoutés.

J’ai également répertorié les tourbières (photo, GPS, informations sur les espèces florales particulières présentes…). Les zones intéressantes à bleuets, framboises ou champignons ont également commencé à être répertorié.

Le but étant d’obtenir au bout des trois ans un inventaire complet des points intéressants de la zone, dans un but de partage des informations (notamment avec les amérindiens) et de pouvoir, dans le futur, présenter des cartes interactives de la zone d’étude.