Ma démarche première dans le choix de la ville de Radisson était de trouver une place dans le nord du Québec où je puisse me faire comprendre et expliquer mon projet, afin de trouver du soutien et une facilité de communication. La personne que j’ai contacté en premier était Sylvain Paquin, guide écotouristique, premier répondant et en charge de Chiyaanuu, société de tourisme autochtone.
Répondant à mes demandes et désirant m’aider, il m’accueillit dans le village, et je fis la connaissance de ses amis, l’aidant dans l’entretien de son campement en échange de ses services et connaissances.
Je dois dire que je n’ai pas eu l’occasion de rencontre beaucoup de monde, étant assez distant et restant un maximum de temps sur le terrain. Néanmoins, je fis la connaissances de quelques personnes que je garde dans mon coeur, et qui a su m’accueillir avec toute la chaleur que savent donner les gens du nord.
Un salut rapide à Lorie-Anne, Gilbert, Benoit, Fred, Katia, Julie, Karl, Mélanie, Sébastien, et j’en oublie quelques uns. Un salut spécial à un homme que je n’aurais pas cru fréquenter auparavant, qui est le curé de Radisson, Pierre Bernier, avec qui j’ai discuté de maints sujets, avec ouverture et franchise, sans que l’on en vienne au sujet de la religion. Grand respect pour cet homme qui a vécu plein d’expériences.
La vie n’a pas pourtant été rose pendant ces 2 ans. Des conflits permanents entre la localité et Chiyaanuu, des pressions fortes et des actions plus que discutables qui ont été jusqu’au procès, la veille de mon départ… Une ambiance iréelle, basée sur des guerres de clans, des rumeurs, des menaces et des revanches. Un village de moins de 400 habitants, seul au monde, coupé du réel et de ses conséquences. Nombres de personnes sont parties et partiront encore, certaines persécutées, harcelées, d’autres simplement fatiguées de cette vie qui n’a pas de sens.
Tout est possible à Radisson, on peut espérer le meilleur, mais on assiste souvent au pire.
Je n’ai pas été directement victime de ces pressions, en partie parce que je passais beaucoup de temps dans le bois et que je ne rentrais pas dans les conflits dont je n’avais pas de rapports. J’ai néanmoins senti le soufre plus d’une fois et été le témoin direct de bien de mauvaises choses.
Cela m’a appris et m’a rendu plus fort. Je sais ce que c’est de vivre dans un milieu non stable, perpetuellement en mouvance et où règne une odeur glauque. J’ai appris à me concentrer sur mon objectif et continuer à avancer, malgré les obstacles jetés sur ma route, volontairement. J’ai appris à ne pas prendre en compte le regard des gens et ne pas souffrir des mots méchants distillés dans le dos. Merci à toi Radisson, je pense que je vais en avoir besoin toute ma vie…
Je souhaite que cette communauté évolue et progresse, ensemble, et sans privilégier les intérets de chacun, j’y crois.
Bonne chance à ceux qui restent, je reviens bientôt.