« La question n’est pas d’aimer ou non le loup… Elle est simplement de respecter un être vivant qui comme tous les autres participent à la Nature qui nous unit. »
Gilles Le Pape (Maître de Conférences en Ethologie, Université de Tours, France)
I.LA PROBLEMATIQUE DU LOUP
* Paradoxes de la société occidentale et diabolisation socioculturelle : Une origine commune
Les Amérindiens, à l’arrivée des premiers immigrants français entretenaient avec le loup des rapports basés sur le respect et la reconnaissance des qualités naturelles de ces prédateurs avec lesquels ils partageaient leurs espaces et leurs ressources alimentaires (gibiers). Pourtant ils n’ont pas influencé ces immigrants qui ramenèrent de la France et de l’Europe, leurs croyances et idéologies religieuses, politiques, mythologiques du loup. Leurs objectifs furent de soumettre, au nom de Dieu, tout ce qui était ou incarnait le Sauvage (et donc le loup comme l’indien), et leurs devoirs, de Protecteur, furent d’éliminer ce qui était « nuisible » pour eux comme pour les autres espèces du milieu : aussi le loup, en prédateur sombre et discret possédait selon eux toutes les caractéristiques du destructeur, incarnant le mal, le vice et le péché. Il était donc du devoir de l’homme de l’éliminer car il ne servait à rien sinon qu’à faire du mal aux autres créatures de Dieu.
* Les prédations des troupeaux domestiques et sauvages
Mais surtout ces immigrants amenèrent avec eux toute l’antipathie européenne et française pour cet animal qui commet des dégâts sur leurs troupeaux domestiques et les privent d’une partie de leur gibier nourricier.
Ainsi au Québec, le loup est, pour reprendre les terme de Deyglun et Cognac (1960), un « bandit » qui commet des « crimes contre l’humanité »parce qu’il prédate les troupeaux d’ongulés sauvages (notamment leurs précieux chevreuils). Ces méfaits sont d’autant plus intolérables aux québécois qu’ils sont convaincus que les loups déciment alors les populations de caribous, les orignaux, les cerfs et les chevreuils.
Pourtant en dépit de la complexité des systèmes proies-prédateurs émanant des nombreux facteurs qui l’influencent, il semble bien que les loups n’aient pas ce mauvais rôle qu’on veut lui faire jouer…. En effet de plus en plus d’études scientifiques (Peterson et Thompson déjà en 1988, Mech en 1998) tendent à révéler que le loup ne ferait que prélever des proies qui naturellement sont vouées à mourir du fait de l’influence d’autres facteurs endogènes, comme un capital génétique déficient, ou exogènes comme le manque de nourriture ou les conditions hivernales sévères. La prédation du loup ne viendrait pas augmenter la mortalité des populations d’ongulés puisqu’elle s’effectuerait sur des animaux qui sont condamnés. Par ailleurs cette prédation aurait même un effet positif sur la dynamique des effectifs des populations d’ongulés puisqu’en éliminant les individus en mauvaises conditions, évitant la prolifération des maladies et des tares génétiques, elle favoriserait un taux de reproduction plus satisfaisant (Zimen l’affirmait déjà dès 1981). Une étude de Mech (2000) réalisée dans le parc national de Dénali en Alaska montre que la prédation des loups sur trois types de proies (Mouflon de Dall, Orignal et Caribou) effectuée dans des conditions d’enneigement importantes durant deux hivers consécutifs avait été principalement orientée sur les caribous (veaux et femelles entre autre) et que celle-ci avait permis non seulement aux prédateurs de proliférer (doublement de leurs effectifs) en même temps que la population de caribous d’augmenter.
En France, les loups sont « nuisibles » depuis qu’ils se heurtent aux activités agricoles…Actuellement les problèmes viennent essentiellement de la proximité des troupeaux d’élevage (ovins et caprins essentiellement) avec ces prédateurs naturels recolonisant les espaces montagnards : ainsi les trop grands troupeaux, pâturant, seuls, dans des zones reculées, sont souvent prédatés par les loups qui manquent de proie sauvage.
* Le partage de l’espace et les expansions humaines
Que ce soit au Québec ou en France, les problèmes du loup avec les hommes proviennent essentiellement du partage de l’espace et de leurs évolutions démographiques, économiques et environnementales. Les hommes modifient leurs habitats en fonction de leurs besoins (agriculture industrie) ; cela bouleverse les disponibilités des ressources naturelles nécessaires aux autres espèces (habitats, proies) : pour survivre elles doivent alors se satisfaire de ce qui reste ou est nouvellement offert…. et bien souvent cela les amène à entrer en compétition avec les hommes.
L’aménagement du territoire joue un rôle fondamental dans la répartition du loup. En France aujourd’hui elle se limite aux zones peu peuplées et montagnardes, tandis qu’au Québec, le loup se cantonne dans les massifs forestiers. Pourtant la situation ne pourra se maintenir ainsi éternellement car le loup est une espèce qui se disperse et conquière de nouveaux territoires ; ces dispersions sont indispensables au maintien de l’espèce et à sa survie (les loups qui restent au même endroit se reproduisent ensemble : ceci augmente leur consanguinité qui est dangereuse car elle pourra les conduire à la disparition par l’augmentation des maladies héréditaires et la dépression du taux des natalités). Il est fondamental de définir et protéger des espaces écologiquement satisfaisants pour les loups (réserves fauniques au Québec, parcs nationaux en Farnce) : c’est-à-dire des zones accessibles par la dispersion, où le loup trouve des proies en quantité suffisante, et bien sûr où il n’est pas détruit. Au Québec de telles zones n’existent pas puisque le loup est piégé jusque dans les réserves fauniques, tandis qu’en France même si des zones protégées existent en accord avec les conventions européennes, elles sont trop distantes les unes des autres exposant les loups à de fortes probabilités de mortalité durant leur dispersion.
La répartition du loup est donc le reflet des relations socioculturelles et économiques Partout où le loup a incarné le Sauvage il a été détruit. Partout où il a constitué une entrave à ce que l’homme voulait il a été éliminé. Chaque fois que sa présence a menacé la suprématie des hommes sur leurs milieux, il a été éradiqué. La destruction du loup est avant tout une disposition de l’homme, un état d’esprit dont les motivations s’organisent en actions politiques d’éradication.
* Problématique actuelle en France
Actuellement le retour du loup en France fait ressurgir ces relations conflictuelles car ils ont recolonisé (depuis 1992 officiellement) des espaces de montagne utilisés pour élever des moutons (pour la viande surtout). Ces prédations viennent compliquer la situation économique et sociale d’une filière agricole déjà en grande difficulté en même temps qu’elles leur servent de prétexte pour se faire entendre auprès de la population. Ces prédations ne sont pas toujours pourtant les faits des loups mais ceux des chiens errants. Cependant elles sont toujours à la charge des prédateurs sauvages car elles aux bergers et éleveurs d’obtenir des dédommagements financiers. Les nombreux dégâts sur les troupeaux sont aussi trop souvent et trop facilement imputés aux loups alors qu’ils sont l’œuvre des chiens errants : J.M Landry (selon source) avance le nombre de 150 000 à 500 000 moutons (selon les sources) qui seraient tués par des chiens errants. De plus ces dégâts induisent des coûts d’indemnisations exorbitants qui en plus de peser à la collectivité (177 363 euros en 1998 pour la seule région des Alpes du Sud, (J.M Landry) ne permettent pas de couvrir la totalité des pertes financières subies par les éleveurs sinistrés.
Une population lupine pas si « strictement protégée » que cela du fait des possibilités de subir des prélèvements à titre exceptionnel alors qu’elle n’est pas encore écologiquement viable (en accord avec les conventions européennes en cas d’attaques intempestives des loups sur les troupeaux).
De plus depuis 2004, son statut d’espèce strictement protégée est remis en question suite à la demande suisse de déclasser le loup. Ceci entraînerait alors, par obligation d’harmonisation européenne, une généralisation de la régulation des populations de loups dan stous les pays européens, et viendrait en France, légaliser la systématisation des les tirs de prélèvements qui a déjà tendance à s’effectuer malgré tout.
Actuellement le Comité de la Convention européenne de Berne a reporté sa décision ; cependant si elle approuvait la demande suisse, cela conduirait à l’extinction en rance entre autre de l’espèce lupine qui ne peut en l’état actuel de sa situation, n’ayant pas encore atteint sa viabilité écologique, souffrir aucune régulation.
* Problématique actuelle au Québec
Elle est essentiellement liée au piégeage, aux souffrances qu’il induit comme à l’hypocrite protection que ce système d’exploitation du loup en tant que ressource naturelle prétend lui accorder puisqu’il est autorisé dans le cadre de la Stratégie mondiale de la Conservation (1985) et en accord avec la Loi sur la Conservation et Mise en valeur de la faune sur des périodes précises. De plus, la gestion québécoise des populations de loups est en fait bien plus axée sur la recherche de la rentabilité économique de l’exploitation du loup plutôt que sur celle de sa Protection et Conservation réfléchie. L’incitation aux piégeages met en péril les populations de loups qui ne sont pas stabilisées ou restent encore très fragiles dans certaines provinces québécoises.
Depuis 1990, 5 500 loups ont péris piégés, dans d’abominables souffrances (Selon les sources de la Société de la Faune et des Parcs du Québec FAPAQ). De plus ces pièges ne sont pas assez souvent relevés et sont non sélectifs : ils menacent de ce fait la survie des meutes (en prenant des adultes reproducteurs qui nourrissent les autres loups), ainsi que celles d’autres espèces, dont les effectifs faibles ne supportent pas de tels prélèvements (exemple de la pygarde à tête blanche).
La gestion des loups au Québec est trop inscrite dans une logique d’exploitation.
* Conclusion : le retour du loup , histoire d’une volonté humaine et d’une détermination et stratégie animale
Après le recul accéléré des dernières décennies tant au Québec qu’en France, le loup recolonise petit à petit les espaces dont il a jadis été chassé. Si l’homme est en partie responsable par ses efforts consentis en matière d’acceptation de la présence du prédateur et de cohabitation, les grandes capacités d’adaptation de ces animaux y sont également pour beaucoup. Cette dilatation nouvelle de son aire de répartition géographique est perceptible à l’échelle de l’Europe où ils ne subsistaient plus que dans quelques pays (Espagne Roumanie, Italie) et en Amérique du Nord, ou seuls le Minnesota, l’Alaska et le Michigan en possédaient encore au début du XXe siècle. Mais que ce soit en Europe ou en Amérique du Nord, les voies empruntées pour la reconquête de leurs territoires par les loups sont quasiment les mêmes, en trois étapes…Prolifération de quelques noyaux de loups ayant subsisté localement et qui sont devenus des populations reproductrices, Dispersion de quelques individus immatures de ces noyaux actifs,, Rencontres des individus étrangers et établissement d’une nouvelle meute par reproduction du couple.formé. Mais bien sûr ces trois étapes sont fortement dépendantes des hommes qui doivent préserver la stabilité parfois précaire des noyaux et ne pas s’opposer aux déplacements des loups.
C’est avant tout de notre volonté que dépend la réussite de la recolonisation des espaces par le loup plus que des caractéristiques et exigences de ces derniers : car le loup possède de remarquables capacités d’adaptation qui lui permettront de trouver des moyens pour vivre si et seulement si bien sûr l’homme le lui en laisse la possibilité.
La présence des loups : Une Volonté humaine avant tout.
II.LES STATUTS ET GESTIONS ACTUELLES DES POPULATIONS DE LOUPS
* En France et en Europe
Le loup est inscrit sur la liste des espèces menacées depuis 1996. (Loi nationale de la Protection de la Nature de 1976)
Il bénéficie, depuis 1993, de l’application en droit français de la protection européenne en tant qu’espèce strictement protégée selon les accords de la Convention de Berne (1979) signés par les états membres de la Communauté européenne, et que la France avait approuvés dès 1989, ; à cette époque, elle n’avait plus de loups sur son territoire, mais approuvait ses accords en vue d’assurer une protection aux éventuels loups immigrants des pays frontaliers, tels que l’Espagne et l’Italie qui possédaient encore des populations naturelles. Ce statut préserve le loup de la destruction ; seules des dérogations exceptionnelles dans le cas où les mesures de protection des troupeaux domestiques contre les attaques des loups échouent peuvent autoriser des prélèvements par des agents assermentés ; actuellement en France le nouveau Plan d’Action Loup adopté par le gouvernement français pour la période 2004-2008 autorise à 4 (ou 3 si ce sont des femelles) le nombre de prélèvements. Ce plan propose également un ensemble d’aides financières pour aider à la cohabitation du loup avec les activités d’élevage (dédommagements des animaux prédatés par le loup, Aménagements de locaux de fonctions, Financement d’emplois d’aides bergers).
* Au Québec
Si avant 1980, le loup était une espèce indésirable, depuis cette date, il bénéficie du statut légal d’espèce à fourrure. Ce statut autorise, en même temps qu’il le réglemente, en accord avec la Loi sur la Conservation et la Mise en valeur de la Faune, son piégeage.
Ainsi au même titre que 19 des 23 autres espèces à fourrure, il peut être piégé librement, sans restriction de quota et durant 16 semaines consécutives entre octobre et mars, sur pratiquement tout le territoire de la province québécoise (98%), y compris dans les réserves fauniques (le territoire est divisé en trois zones de piégeage qui se différentient par les droits et privilèges accordés aux titulaires des permis de piégeage). Les activités de piégeage s’intègrent dans la Stratégie mondiale de la Conservation à laquelle le Québec adhère depuis 1985 ; cette stratégie soumet aux mêmes principes d’utilisation et de conservation toutes les espèces animales du Québec. C’est la Société de la Faune et des Parcs du Québec (FAPAQ) qui a la responsabilité de gérer les exploitations de ces espèces par les chasseurs, les pécheurs et les piégeurs. Cette gestion est effectuée selon des règles d’exploitation des espèces régie par la Loi sur la Conservation et mise en valeur de la faune (LQR chapitre C 61.1). Cette loi en réglementant les prélèvements dans le temps assurerait en même temps selon elle la protection des espèces qu’elle autorise à être exploitées en tant que ressources naturelles renouvelables. Par ailleurs le loup possède un autre statut, celui de « petit gibier » qui autorise de le chasser entre octobre et avril en dehors des réserves fauniques, et des parcs fédéraux et provinciaux.
* Au niveau international
Le loup est classé espèce vulnérable depuis 1996 sur la liste rouge des espèces menacées de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN).
Pour les activités de commerce international, en tant qu’espèce potentiellement menacée, il est à protéger mais peut être capturer ou importer (avec quotas) dans le cadre de la CITES (3 mars 1976). En 2000, le Canada y a adhéré soucieux de pratiquer un piégeage plus respectueux du loup.
III. PRESENTATION DES EVOLUTIONS ET SITUATIONS ACTUELLES DES POPULATIONS LUPINES FRANCAISES ET QUEBECOISES
* Evolution de la population des loups en France
En France, les privilèges de la chasse réservés à la noblesse, ont ralenti la disparition du loup au début du XXe siècle à la différence des autres pays de l’Europe où son éradication est signalée dès le XVI ème siècle en Angleterre. Entre 1930 et 1936, l’espèce ne peut plus se reproduire en France et les derniers spécimens sont tués dans quelques départements entre 1934 et 1937. Cependant les individus n’étant plus capables de se reproduire et les observations ne permettant plus une continuité spatiale logique, il est fort probable que l’espèce se soit éteinte en tant que reproductrice aux alentours de 1936. Jusqu’en 1992, la France n’a plus de loups sauvages vivant en liberté…..
A cette date là des loups italiens, qui ont bénéficié dés 1976 d’une protection particulière (la première dans le monde) qui les sauva de l’extinction, ont passé la frontière française et ont recolonisé progressivement tout l’arc alpin avant de s’aventurer dans les massifs pyrénéens en 1999. Actuellement l’espèce bien qu’étant en pleine expansion numérique et géographique, reste très fragile car la faiblesse de ses effectifs (à peine 40 loups) ne lui permet pas d’être encore écologiquement viable.
* Evolution de la population des loups au Québec
Actuellement 7000 loups se répartissent sur 93 % du territoire québécois et de leur aire de répartition originelle de manière permanente ou occasionnelle (Jolicoeur et Henault 2002). Si le loup n’a jamais été présent sur l’île Anticosti, en revanche il est actuellement disparu de la Rive Sud du Saint Laurent et des plaines agricoles de la Rive Nord du Saint Laurent entre Montréal et Québec.
Cette population de loups du Québec est la 4 ème plus forte population après celles occupant le territoire du Nord Ouest (9500), La Colombie Britannique (8100) et l’Ontario (9000).
A titre de comparaison ces 7000 loups se mêlent aux 600 000 caribous, 276 000 cerfs, 86 000 orignaux et 60 000 ours…(Jolicoeur et Henault 2002)
IV.VIVRE AVEC LE LOUP : LES POSSIBILITES DE SA COHABITATION AVEC NOUS
Comment vivre avec le loup
Que ce soit les espaces en France ou les immensités au Québec, il faut partager avec le loup. Car le loup, actuellement en France comme au Québec, recolonise les territoires qu’il occupait naguère ; aussi, tôt ou tard il faudra envisager de cohabiter sérieusement avec lui… Que ce soit les espaces en France ou les immensités au Québec, il faut partager avec le loup. Car le loup, actuellement en France comme au Québec, recolonise les territoires qu’il occupait naguère ; aussi, tôt ou tard il faudra envisager de cohabiter sérieusement avec lui…
Car ce n’est pas seulement que de le voir qui nous inquiète….c’est aussi tout simplement que de le savoir là, si près de nous, qui nous dérange…car avec les loups (mais aussi les ours et les lynx), dans nos forêts, nos montagnes, nos prairies, c’est toute notre nature qui redevient Sauvage.
→ Changer de mentalité : La protection des Prédateurs par leur acceptation en France
C’est l’un des plus grand enjeu de notre société occidentale : parce que si le loup, grâce à ses formidables facultés d’adaptation peut se maintenir quels que soient les aménagements et disponibilités des territoires, il ne le peut pas si la volonté humaine s’y oppose en le soumettant à une destruction systématique intentionnelle et motivée. , Pour faire cesser ces agissements mal fondés, il est nécessaire que nos mentalités changent à son égard.
C’est la première condition impérative obligatoire pour que le loup puisse rester dans des milieux même énormément occupés par l’homme.
→ Aménager les espaces : La préservation des prédateurs par la qualité des milieux et des territoires en terme de disponibilité alimentaire et spatiale.
En France : Bien que les loups puissent se nourrir d’une variété d’aliments (petits mammifères, reptiles et oiseaux, arthropodes, et mêmes quelques végétaux, les baies), la base de leur régime alimentaire est fondée sur les grands ongulés sauvages dont ils ont essentiellement besoin pour conquérir les territoires et s’y maintenir. seule une gestion des chevreuils, orignaux, caribous qui autorisera la chasse et des hommes et des loups rendra possible le maintien de ces derniers dans les milieux même fortement investis par les hommes et leurs activités récréatives ou sportives. Les parcs nationaux et réserves naturelles interdites à la chasse sont des débuts d’aménagement des territoires en faveur du maintien des populations de loups ; mais ces espaces limités ne pourront suffire longtemps aux loups qui dispersent aux delà de leurs limites et se heurtent alors aux activités humaines.
Au Québec : le maintien des loups passe par la mise en place de territoires exempts de piégeage, notamment les réserves fauniques.
→ Rendre compatibles la présence des loups et les activités humaines
En France les problèmes rencontrés avec le loup sont principalement issus de la difficulté de faire coexister des troupeaux d’ongulés (moutons, brebis, vaches) non agressifs et totalement dépourvus de réaction de défense avec le prédateur naturel et redoutablement efficace qu’est le loup. Cependant si la présence du loup occasionne sans doute des réels problèmes avec les troupeaux, cette dernière est également un prétexte dont se servent les bergers et éleveurs pour intéresser et sensibiliser le reste de la population à leurs difficiles conditions de travail….
Le retour du loup pose quelques problèmes aux activités agricoles telles que l’élevage des moutons des brebis ou des bovins car ces ongulés domestiques sont des proies faciles pour le prédateur qui ne trouve plus de proies naturelles en quantité suffisante dans le milieu modifié par l’homme. Pour permettre aux activités agricoles de se maintenir en présence des loups plusieurs mesures de prévention et protection contre les loups sont possibles et efficaces.
1) L’utilisation des chiens de protection contre le loup :
Les Pastous ou chiens des Pyrénées (Belle la chienne de Sébastien). Ces chiens sont élevés depuis tout petit avec les brebis afin d’apprendre à se comporter comme elles et à s’en faire accepter …. Les loups n’approchent pas les troupeaux en sentant la présence des chiens (qui ne sont pas des proies mais des prédateurs comme eux)….Pour le loup, la présence d’un chien est un signal de rivalité ; aussi, affamé, et donc plus enclin à la prédation qu’à la compétition, le loup cherche autre chose que le conflit et préfère passer son chemin….Il doit sûrement y avoir plus facile pour manger et moins risqué surtout….
2) L’utilisation d’autres animaux :
Les ânes qui n’aiment pas les canidés en général le font savoir en brayant haut et fort….Question discrétion il y a mieux…..
3) L’utilisation de parcs clos pour la nuit :
Les moutons ou les brebis, la nuit sont enfermés dans des endroits clos que le loup ne peut franchir. Cela évite considérablement les attaques du loup que la nuit prédispose.
4) Une bonne surveillance des troupeaux durant le jour :
Afin de ne pas laisser errer les troupeaux n’importe où ce qui abîme les prés, les alpages, les prairies en même temps que les « offre » plus facilement aux loups, le berger doit surveiller durant la journée son troupeau. Ceci est contraignant et il doit être relayé par un aide berger.
5) Réduction de la taille des troupeaux :
Une bonne surveillance ne peut se faire que si les troupeaux ne sont pas trop importants.
Or le problème, depuis quelques années, en France, est la tendance à regrouper les troupeaux. De plus les troupeaux en pâturant sur des espaces incapables de supporter le taux de pâturage, sont moins bien alimentés et développent plus de maladies qu’ils se transmettent d’autant plus facilement. En moins bon état sanitaire, de tels troupeaux seront plus vulnérables aux prédations des loups et les attaques de ces derniers se solderont par un nombre plus élevé de victimes.
6) L’aménagement de locaux de fonction confortables pour les bergers et aides bergers afin qu’ils puissent vivre bien une activité professionnelle difficile.
7) Des aides financières : pour les rembourser des animaux prédatés par les loups
8) La reconnaissance (par la valorisation) de la qualité des produits des activités agricoles obtenus dans des « vrais » milieux ; un vrai milieu est un celui qui a enfin toutes ses espèces et qui est de ce fait en équilibre (écologique)
9) Des études scientifiques pour suivre les populations des loups et en comprendre les comportements 10) La diffusion de l’information du public à propos de ce prédateur 11) Une bonne gestion des populations de proies naturelles du loup :
Car le loup quand il a la possibilité de choisir préfère de loin les ongulés sauvages : chevreuils, chamois, sangliers, mouflons, cerfs, bisons, orignaux et caribous…
D’autres recommandations peuvent s’appliquer communément aux exploitations québécoises et françaises
→ Les animaux ne doivent pas être laissés dans des parcelles boisées éloignées de l’exploitation.
→ Les mises-bas ne doivent pas se faire dans les parcelles éloignées des exploitations mais plutôt dans des enclos fermés dans les enceintes de la ferme.
→ Les alentours de l’exploitation doivent être propres : les cadavres d’animaux ne devant pas être laissés « en pâture » ; en estives l’abandon des carcasses sera proscrit : il est préférable de les brûler ….
En France des rencontres entre, bergers et éleveurs d’un coté, et, scientifiques et public de l’autre, ont permis aux premiers d’affirmer avec fierté leurs compétences en matière de gestion de leurs activités avec la présence du loup. Le loup permet donc aux bergers ou tout autre personne qui travaille dans un milieu où il y a le loup de montrer qu’il est capable. Cela le valorise.
En France, la cohabitation des activités pastorales avec le loup a donc permis de valoriser les compétences et savoirs faire des bergers et éleveurs en même temps que de leur conférer une mission essentielle de gestionnaire de la faune sauvage et de ses milieux. Ceci sert la cause du loup en faisant de sa présence un atout qui redynamise un secteur qui avait besoin d’être reconsidéré, reconnu et revalorisé.
12) La gestion des populations de loups
Les objectifs des programmes de gestion sont de diminuer le nombre des loups et la dynamique de leur population sur une aire donnée et dans un temps donné afin de diminuer les pressions que ces prédateurs exercent sur le cheptel d’ongulés domestiques ou le gibier, sans mettre en danger la survie même de l’espèce prédatrice.
Cependant la gestion ne peut s’envisager que si les populations de loups sont viables écologiquement. (Boitani )
Quand c’est le cas, cette gestion s’effectuera par des tirs de réglementation quantifiés et effectués par des professionnels. La difficulté provient essentiellement de l’exactitude des estimations des populations de loups. Différentes méthodes sont proposées comme la télémétrie, les index de biomasse des proies, les questionnaires. Elles semblent assez fiables puisque permettent de parvenir à des estimations assez similaires.
Une étude de Gasaway en 1983, démontre déjà que sous certaines conditions une gestion raisonnée du loup aboutit à une meilleure survie des populations d’orignaux et de caribous. Ceci est donc une solution pour garantir le maintien des loups et des populations d’ongulés.
De tels résultats d’études fondent et légitiment la politique du Wolf Control aux Etats Unis qui est l’objet de vives contestations au sein de la communauté scientifique.
En conclusion : La conservation du loup impose : * d’abord de changer les mentalités * ensuite de concevoir de partager notre espace * de protéger les milieux des espèces à protéger * de prendre des mesures adaptées, techniques et financières pour que le loup puisse vivre sans nuire à la durabilité économique et du développement des activités agricoles française
V. VIVRE DU LOUP : SES ATOUTS
* Avec le loup…c’est pour de vrai !
La présence du loup est un atout touristique car il attire les gens désireux de se promener dans un milieu « sauvage » où ils peuvent avoir la chance de voir un grand prédateur. Nombreux parcs nationaux américains, canadiens, et européens sont ainsi chaque année depuis le retour des loups, assaillis de touristes. Ce tourisme de masse est un moyen inattendu de relancer des régions économiquement en difficulté Le loup valorise la région en lui conférant un potentiel « de nature » qui attire les gens de plus en plus compte tenu de leurs aspirations à retrouver leurs racines et à renouer avec la nature la vraie.
Des sentiers ‘découvertes loups » peuvent également être aménagés à l’attention des promeneurs pour leur en apprendre un peu plus sur ce prédateur discret (initiative d’une commune européenne, suivie par d’autres et suivi par d’autres.
* Promenons nous et découvrons enfin ce qui est vrai….
La présence du loup en rétablissant l’équilibre écologique du milieu devrait initier des activités « découvertes » animées par des guides naturalistes qui nous apprendraient à appréhender et comprendre les grands principes écologiques et biologiques de nos milieux.
* Et si on participait pour de vrai….
Devant l’ampleur du travail des bergers et aides bergers pour soigner et protéger leurs moutons, des initiatives de volontaires sont appréciées. Elles permettent, en plus de décharger les professionnels, de faire apprendre aux novices les gestes d’un métier difficile en même temps que leur faire prendre conscience du rôle crucial de leur rôle de gestionnaire du milieu agricole dont ils sont nouvellement investis avec le retour du loup. C’est un moyen pratique dynamique et formateur qui permet de s’investir dans une activité et d’en saisir toutes les dimensions. Il est même possible de faire… pour de vrai…office d’aide berger….et même de berger… en remplaçant tout simplement un berger ou aide berger parti prendre quelques jours de repos bien mérités…en juillet août, notamment….alors en ces belles journées d’été où les fleurs drapent les flancs vallonnées des montagnes à nous les estives…et même ce, même .quand le loup y est….
* Loup Y es-tu
En Amérique du Nord, un écotourisme propose des sessions d’appel aux loups (souvent même nocturnes). Bien que la preuve ne soit pas encore totalement démontrée, il semblerait que cela puisse en provoquant des perturbations comportementales (intensification des surveillances) avoir des répercussions négatives en diminuant entre autre les temps consacrés à la nutrition (plus de surveillance, moins de temps pour prospecter, et de ce fait malnutrition, et augmentation de la mortalité des louveteaux). Une telle activité serait donc à proscrire ses retombées économiques n’étant même pas vraiment certaines.
Pourquoi vivre avec le loup
1) Parce qu’il équilibre le milieu : rôle dans la régulation des populations d’ongulés et de leur maintien en bonne santé
2) Parce qu’il redonne toute la grandeur naturelle à nos milieux ; grandeur dont nous avons besoin nous-même pour exister.
3) Parce qu’il valorise des activités professionnelles : Le loup par sa présence faire ressortir le savoir faire et les compétences des professionnels 4) Parce qu’il est un formidable atout touristique
VI.L’AVENIR DU LOUP
* S’il fallait un exemple pour illustrer les couleurs de l’avenir du loup
En France, les secondes rencontres écopastorales organisées en janvier 2004 pour la Cohabitation pastorale ont démontré que non seulement loin des clichés la pratique du pastoralisme pouvait se concevoir avec la présence du loup (de l’ours et du lynx) mais qu’en plus ces dernières pouvaient servir la cause d’une secteur en difficulté en le valorisant. Les bergers et les éleveurs présents à cette rencontre ont démontré leurs expérience en matière de cohabitation troupeau/loup et donner une image dynamique du pastoralisme moderne. Ceci jette une note d’espoir à l’avenir des loups en France dont la tendance numérique et géographique est à l’expansion….
Il est aussi à remarquer la nouvelle volonté gouvernementale affichée par le Plan d’Action Loup 2004-2008 qui ne veut plus s’opposer à l’expansion du loup mais au contraire la soutenir en créant des conditions optimales à la cohabitation du prédateur avec les activités pastorales françaises ; ainsi que sa grande prudence en matière de gestion de cette espèce par prélèvements exceptionnels afin de prendre le maximum de précautions à l’encontre de cette population lupine encore fragile et tenant compte du faible avancement de nos connaissances en matière d’impacts de tels prélèvements sur les dynamiques lupines. Ceci est la preuve que la France a accepté de modifier ses regards et préjugés sur le loup et sa cohabitation avec les hommes….
Le loup en France aurait donc de l’avenir….en tout cas cela devient une volonté politique
* Pour conclure en ce qui nous concerne……
Au Québec : le plan d’action québécois nouvellement adopté en faveur de la Diversité biologique est un signe indéniable d’espoir.
Cependant la FAPAQ doit améliorer la transparence, l’équitabilité et l’impartialité de sa gestion relative à la faune sauvage
Par ailleurs il est de bonne augure de constater qu’en dépit des efforts faits par le gouvernement pour inciter et développer le piégeage (réformes de 1984 et 1999, et mises en place de sessions de formation pour apprendre et optimiser les techniques de piégeage) les activités de piégeages déclinent : en 1978, la FAPAQ recensait 22 000 ventes de permis contre plus que seulement 8200 dix ans après.
Par ailleurs les dispositions prises par le Canada en 2000 en matière de commerce international dans un souci d’améliorer les conditions de piégeage des loups est une brèche où l’espoir également peut s’engouffrer ….L’histoire du loup est le chapitre le plus noir des relations animales et humaines.
Si actuellement l’heure n’est plus à la destruction du loup, il reste néanmoins difficile de faire accepter sa cohabitation sans exercer encore « un contrôle répressif » de ses effectifs.
Pourtant, tant que les aménagements territoriaux ne ménageront pas des espaces de vie capables de satisfaire aux exigences écologiques et comportementales des loups, ces derniers ne seront qu’en sursis….
Mais plus important encore est la prise de conscience indispensable que la survie du loup, en Amérique de Nord comme en France, dépendra avant tout de notre capacité à accepter cette espèce à nos cotés.
VII. POUR EN SAVOIR PLUS….
* Les principaux ouvrages
L’ABCdaire du Loup, 1996, Geneviève Carbone et Gilles Le Pape, Flammarion
Les loups, 2004, Geneviève Carbone, Larousse
Le Loup, 2001, Jean-marc Landry, Delachaux et niestlé
* Les sites Ferus, loup.org, ASPAS, Cyber-Nature
Ministère de l’Ecologie et du Développement durable
Ferus, loup.org, ASPAS, Cyber-Nature Ministère de l’Ecologie et du Développement durable
Société pour la Faune et les parcs du Québec
Wolf.org, Northern Prairie Wildlife Research Center
* Revues scientifiques
Ecology Journal of canadian wildlife The American Naturalist