C’est fait : la saison du goose break est terminée. Elle n’a pas été fameuse pour de nombreux Cris : sans neige et avec des camps de chasse souvent accessible que par voie aérienne, la mobilité est très réduite et les bernaches sont passées assez hauts.
Pour moi, cela implique surtout la fin des week-ends de soutien à nouchimi. Le dernier dimanche a vu arriver la relève. Jocelyn et un petit nouveau, michael (! !), sont ici jusqu’à la fin de l’été pour des prospecteurs.
Je retourne donc au camp Lundi en milieu de journée et reprends mes habitudes. Un peu de ménage, de lavage et de zonage dans le coin. La bonne nouvelle, c’est que les pistes commencent à revenir. 1 loup est passé sens Est-Ouest, mais impossible de savoir quand.
Je repars mercredi pour la zone supposée de la tanière. J’avais laissé sur place tout le matériel ou presque et je n’emporte qu’un peu de nourriture. Le temps est couvert, ce qui est toujours parfait pour accompagner une marche.
Jeudi, je vais consacrer ma journée à revisiter en profondeur la zone sud de la route, entre la ligne Hydro et celle-ci, en suivant les cours d’eau et en cherchant les coins venteux. En effet, il y a une variable que je n’ai pas pris en compte pour essayer de localiser la tanière : les moustiques.
C’est bien sur le retour des bibites et de leur harcélement qui m’a replacé l’esprit ;) Lorsque l’on connaît le nombre très important de ces bestioles, on ne peux douter que la mère et ses petits vont être une cible de choix pour les mouches. Les caribous emploient des techniques particulières pour réduire les dégats (la haut, un caribou peut perdre 1/2 litre de sang par jourà cause de ces charmantes bestioles). Et les loups, essayent t’ils aussi de minimiser le dérangement ?
En pensant à tout ça, je revois mes cartes et essaye de remuer un peu mes méninges. Le point commun aux deux étés passés, concernant les louveteaux : Ils squattent la route. Entre le premier et deuxième été, un décalage de 10km environ entre les points d’observation, et beaucoup de fréquentation (pistes, crottes) sur une bonne portion de la chaussée.
Pourquoi ce squattage de route ?
- Facilité de déplacement : surement vrai pour les adultes. entre 2 et 4 mois, les louveteaux sot peu mobiles.
- Une « mauvaise » habituation. Il a été observé que les louveteaux se faisaient nourrir à l’oeil par des hommes (premier été surtout). Possible que le couple dominant « joue » avec ce paramètre, surtout si eux mêmes ont été habitué à ces procédés.
- Il vente toujours sur la route, orientée dans le sens du vent dominant. Beaucoup moins de moustiques que dans le couvert. Cela paraît trivial comme raison, mais je ne pense pas que la variable « moustique » soit à négliger.
Cependant, cela ne m’avance pas forcément plus sur l’emplacement de la tanière. Se situe t’elle à proximité immédiate de la route ? possible mais au moment de la mise bas, le camouflage est difficile (les aulnes n’ont pas encore de feuilles). Quand on connaît la mobilité des loups, on ne peut exclure que la tanière soit pas mal éloigné de la chaussée, dans un secteur favorable (vent, eau) et que les louveteaux sont déplacés assez vite du coté de la route, qui me semble de plus en plus être la zone de Rendez-Vous. Non pas une zone en particulier, mais LA route en tant que telle. (Ce point est à développer).
En posant ces hypothèses, j’essaie donc de les valider du mieux que je peux, ou plus exactement, je m’attèle à fréquenter les zones qui peuvent correspondre à ces hypothèses. La ligne hydro coté sud est à une distance variable de la route (entre 300m et 2km environ) et a pour particularité d’être très vallonée (et donc venteuse). La tranchée pour les pylones donne un effet de corridor similaire à la route, meme si moins efficace (plus de végétation basse ⇒ moustiques). A partir de la ligne ou de la zone route/ligne, il y a beaucoup de choix d’installation et plusieurs voies sont possibles pour rejoindre la route et notamment les zones où les louveteaux ont été observés les deux fois.
Vendredi, j’applique le même scénario mais au nord de la zone. Les rives du grand lac sont également intéressantes au niveau du vent et de l’accesibilité à la route. Mais on retombe dans la même problématique : les possibilités sont infinies. 7km de rives c’est énorme.
De toute façon, je n’espère pas (enfin si un peu il faut l’avouer) tomber comme ca sur la tanière, par magie. Je fréquente les zones qui me parlent, et on verra ce qu’il en ressortira. La mère de toute façon est dans la tanière à s’occuper de petits encore très fragiles et dépendants (si reproduction il y a eu bien sur). Les autres loups, au vu du faible nombre de pistes rencontrées depuis deux semaines, se font discret.
C’est rageant en quelque sorte mais au final, c’est ce qui me semble être le mieux. Que se passerait t’il si je tombais sur la tanière alors que les petits sont encore incapables de se déplacer ? la meute aurait plus de souci à se soustraire à mes attentions et cela causerait certainement des perturbations non négligeables. Une fois que les petits commenceront à gagner en mobilité, les déplacements « de repli » auront moins de conséquences je pense.
Samedi, je remballe une grande partie du matériel, ne laissant sur place qu’une bâche et ce qui me reste en nourriture. Je repars vers le camp de base, où je m’occupe à publier les photos prises ces derniers jours. Je commande également le nouvel ordinateur. Après moults hésitations et comparatifs, mon choix se porte sur du neuf (mon premier !), un laptop 12" de marque DELL. Mauvaise surprise : je pensais la livraison rapide, je reçois après l’achat un courriel m’indiquant une livraison éstimée première semaine de juin :( argh :/
Après la session PC, qui allège considérablement mon stock d’essence, je vais reprendre le chemin du bois. Initialement prévu mardi, je repousse au lendemain pour cause de météo pluvieuse. J’ai de quoi m’occuper et McKey en profite pour faire une interview de moi. Le billet n’est pas encore publié sur son blog. Le sujet principal porte sur le libre et FrugalWare mais j’ai pu présenter le projet de l’association dans ses grandes lignes. C’est toujours intéressant car les futurs lecteurs de cet article ne sont pas forcément les mêmes que ceux venant d’autres sources nature.
Le soleil revient en fin d’après-midi. Je me tâte à partir dès ce soir (j’aurais le temps), mais je décide finalement de me contenter d’un tour de piste aux alentours et de partir le lendemain. Deux nouvelles pistes (aller-retour) sont apparues sur la route. Le ou les loups n’étaient pas pressés : de nombreux arrêts, des piétinements sur le bas coté : ca maraude sec !
Mercredi matin, je décolle de bonne heure. Pour ce coup ci, je vais laisser le carrix et partir les quelques jours qui me restet avant le tipi de samedi en itinérance totale. j’ai le goût de m’éloigner de la route un peu, de sentir le printemps nourrir la taïga. Pas assez de temps pour aller trop loin, mais suffisamment pour une belle balade.
Je vais emprunter le sentier bien connu des prospecteurs, jusqu’à son point culminant. Je quitte ensuite ce sentier. Est, je connais. Sud, je connais. En avant vers l’est, secteur inconnu. Avec juste le sac à dos, pas trop lourd, beaucoup de contraintes s’estompent. L’heure du retour, la distance parcourue et l’itinéraire ne sont pas importants. Ces périodes de vadrouilles itinérantes, je les adore mais je prends jamais assez de temps pour en faire autant que j’en souhaiterais. C’est dans ces moments là que je me sens le plus épanoui et aussi plus vif dans mes observations. Le temps n’est plus rien, il n’y a qu’à suivre ses sensations et les pistes qui vous emmènent loin du rythme de vie des hommes pressés.
Il y a toute une série de beaux et grands lacs, dans un environnement plutôt clairsemé, pays de la cladonie et des épinettes. Je navigue et explore une zone éloignée d’environ 10km de la route. J’oublie la poussière et le bruit des voitures. Pas de zone de brûlés ici et c’est un bonheur de passer de lacs en lacs, de franchir ruisseaux et tourbières, bien trop sèches par ailleurs. Cette zone magnifique est marquée au fer rouge par le passage des caribous en automne passé. Pour mémoire, ceux ci sont passés en avance, alors qu’il y avait très peu de neige. 600 000 caribous en file indienne, ca laisse des traces !
Sinon, la grande nouvelle c’est que la végétation explose. C’est typique de la région et de son climat très difficile. Lorsque c’est le temps, tout va très vite et la taïga semble vouloir rattraper le temps perdu. Il y’a 3 jours, seuls les bleuets commençaient à fleurir. Maintenant les mélèzes, les aulnes et le thé du labrador sont en plein travail et le vert réapparait. C’est beau le printemps. Ca respire la vie à plein poumons et je prends de grandes inspirations.
Durant l’après-midi, je vais croiser mes premiers mésangeais juvéniles, plein de papillons, des écureuils malicieux et des moustiques affamés. Je vais voir de loin mon premier ours de l’année aussi. De très loin, je ne vois que son dos, il n’y aura pas de photos.
Je vais stopper mon avancée de la journée sur le bord d’un très grand lac magnifique. Il commence à se faire tard et je sens que cet endroit va être baigné d’une lumière magique ce soir. J’installe le camp de façon à être bien placé, puis soupe sur une petite plage. L’occasion est trop belle ensuite et je m’offre ma première baignade de l’année. L’eau est encore fraîche !
Je vais ensuite faire une partie des rives de ce lac. Le niveau de l’eau est bas et il est simple de se déplacer sur les roches. Je vais me faire surprendre par … une truite. Entre deux petits bonds de rocher en rocher, j’entends un « splotch » sonore à mes pieds. Une truite qui se planquait entre les roches se sauve, effrayé par ma présence. Sur le coup, ca surprend et j’ai été à deux doigts de me retrouver le cul dans l’eau…
Le coucher de soleil s’annonce merveilleux. Je me place à un endroit sympa et je l’attends, en compagnie de deux canards non loin. Il ne va pas me décevoir et j’assiste à un spectacle en rouge et or de toute beauté. Impossible à décrire correctement, je vous en offre quelques clichés.
Jeudi, je remballe mon petit camp mobile et repart. Je me suis préparé un itinéraire approximatif sur la carte avant de partir, et je vais le suivre, plus ou moins, au fil des pistes et des envies. Je me suis fixé comme objectif les rives de l’immense lac Magin en fin de journée. Cela me laisse tout le temps pour visiter un secteur très sympa. Et de faire une bonne pause pendant les heures chaudes.
Les rives du grand lac ne sont pas taillées au couteau. C’est un lac rempli de criques, d’ilôts. Tout un secteur est vallonné et sablonneux. Un coin idéal pour une tanière, un coin idéal pour un camp. J’ai de bonnes jambes aujourd’hui, comme souvent lorsque je passe en itinérance. J’ai le goût de tout explorer et je ne m’en prive pas. Je ne trouve rien qui indiquerait une présence lupine ou une tanière. Pas très important, c’est un coin que j’aime.
La journée avancant tranquillement, je suis remonté vers le nord et continue finalement. Au fil des pas, j’arrive au niveau de la ligne Hydro. Je me choisis un petit lac, monte le tarp et soupe. Ensuite, je vais marcher autour de la ligne et guetter un endroit sympa pour finir la soirée. Il y a plus de nuages et moins de visuel. Le spectacle sera moins long mais j’aurais le droit à quelques belles lumières.
Les moustiques vont par contre se faire tannant durant la nuit. La lumière offerte par la pleine lune rend le sommeil difficile et je sombre tardivement dans mes songes.
Vendredi, il fait gris et venteux. je décide de mettre un terme à cette balade et rejoins la route par du hors-piste. Je m’arrange pour passer dans la zone tanière et je refais le tour des cours d’eau. Comme je me suis levé aux aurores, j’arrive assez tôt sur le chemin et 2h après me retrouve au camp.
mauvaise nouvelle : un ours est passé par là et a croqué le jerrican d’essence que j’avais laissé près de la route. Il a percé le fond en plus, il ne m’en reste plus une goutte :/ Il n’a pas touché à ma cache nourriture, c’est déjà ça. Du coup, je suis bloqué. je comptais faire le tipi depuis mon camp et ce n’est plus possible, il ne me reste qu’un fond de réservoir. Après avoir importer les photos et pris les nouvelles, je pars vers nouchimi pour le week-end. Je suis chanceux, je n’aurais pas à marcher longtemps avant de croiser Jocelyn, parti voir Lucie. Je suis donc à la pourvoirie rapidement.
L’avantage est que je vais pouvoir publier cet article avant le tipi. Si vous avez envie de discuter de tout ça en direct, c’est Samedi 29 mai à partir de 21h dans le tipi.



















