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Publié : 24 janvier 2009
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Carnet de vadrouille : lundi 19 au vendredi 23 janvier 2009

La vadrouille « bad luck »

 Préambule

Cela fait quelques jours que je suis revenu sur nouchimi : le modem satellite m’a laché et m’a au passage fait raté la dernière rencontre virtuelle. Il a donc fallu que je retourne à la pourvoirie pour tenter de réparer, donner des nouvelles à la famille qui s’est inquiétée de mon silence et préparer ma prochaine vadrouille.

J’ai quitté le camp en préparant un toboggan, vieux et qui tire mal, mais qui devrait faire le travail, et l’ai laissé sur le bord de la route. Il suffira juste de le rapatrier pour la vadrouille. Comme il est plus petit que mon ancien, je ne peux emmener les batteries 12v. On fera sans.

Sur nouchimi, la bonne surprise est que je vais être là pour recevoir mon nouveau toboggan, généreusement envoyé par Olivier rencontré fin décembre. Conçu (par Olivier) comme un vrai toboggan,il fait 3m de long pour 30cm de large. Il peut se rouler et tenir dans une petite boite. J’en ai été surpris au déballage !

Une autre bonne nouvelle : j’ai reçu des nouvelles bottes grand froid pour mon noël ! Elles tiennent très chaud, mais sont pesantes et me font les cuisses…enfin, rien que pour la qualité des feutres elles sont réellement les bienvenues !

Pour continuer, lors d’une ballade véhiculée près du barrage LG4, j’ai croisé 3 loups sur la route, qui nous ont devancé sur quelques centaines de mètres : quelques vidéos et une photo de mauvaises qualité, mais c’est toujours ça ! En plus cette observation peut être intéressante : ce n’est qu’à 50 km du camp de base.

Loup en course

Enfin, j’ai reçu un message d’immigration canada le jour où je suis revenu sur nouchimi, et cela m’a permis de répondre en tant et en heure à leurs questions, ce qui est une bonne chose.

 lundi 19 janvier

Passons aux choses sérieuses. J’ai préparé la veille au soir ce que je vais emmener en vadrouille. Evidemment, cela ressemble fort aux autres, avec deux nouveautés : j’emmène un second sac de couchage, celui qui nous a été offert par Gore-Tex. Je compte l’utiliser en première couche, à l’intérieur du défence 4 utilisé depuis le début. Comme les deux ont une température extrême de -20°, cela permettra d’être un peu plus confort dans ces temps froids. J’emmène aussi mes nouvelles bottes, en backup. Cela me permettra de changer lorsque ma paire standard sera trop trempée ou pas assez chaude.

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Juste avant de partir, un hurlement se fait entendre à nouchimi : plusieurs loups vont hurler en coeur pendant une dizaine de minutes. Ils ne sont pas loin, très bon signe pour ma prochaine balade qui se situe dans le même secteur !

La destination de cette vadrouille est le sud,via une piste de skidoo fraîchement tapée. Cette piste fait 40 km et court jusqu’au lac Corvette, le plus gros lac du secteur. J’envisage d’en faire une partie et d’explorer les alentours de la piste. Le début de la trail part près d’un camp Cree, à 5 km de nouchimi. C’est Pierre qui me conduit jusque là,vers 11h. Il fait beau et froid,une belle journée !

Premières impressions du toboggan : ca glisse bien et je ne le sens presque pas, un bonheur. Les km défilent vite et je vois les premiers indices de présence lupine juste avant le premier gros lac : une belle crotte juste sur le bord de la piste. Je m’arrête pour prendre le GPS et la, première « bad luck » : les batteries sont à plat. Pourtant chargées cette nuit et bien protégées depuis, je ne comprends pas. Juste le temps de prendre les coordonnées et le GPS rend l’âme… pas question de revenir en arrière,je ferais sans…

Quelques km plus loin, grosse découverte : une carcasse de caribou fraîchement tué. Selon les traces (plus récentes que le skidoo passé la veille), cela s’est passé cette nuit ou ce matin. C’est la première carcasse trouvée qui n’est pas encore totalement consommée ou décomposée. Et des traces de loups tout autour. Je fais le tour, tout est à une seule place, des poils m’indiquent le sens de la poursuite mais je ne parviens pas à déterminer le nombre de loups ayant participé à la prédation.

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C’est sur qu’ils vont repasser pour consommer, mais je suis encore un peu trop près pour poser un camp dans le coin : j’aimerais m’installer vers le lac Nochet, où il y a beaucoup d’endroits intéressants à explorer. Je continue donc.

Par rapport aux autres secteurs visités, il n’y a pas trace de zone de brûlés. C’est assez rare pour le signaler. La piste est toute récemment préparée et une tranchée bien nette se dessine entre les arbres. Deux lacs plus loin, je trouve une seconde carcasse de caribou, en plein milieu d’un petit lac rempli de traces de caribous. Cette carcasse est plus ancienne et entièrement consommée. Le vent a recouvert et gelé le cadavre et je ne peux y voir trop de choses, mais il y a des traces de loups.

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Tout le long du trajet,je vais noter 3 crottes d’origine lupine. C’est donc déjà un coin à retenir. Le soleil commence à décliner, il approche des 14h30 et je commence à regarder pour un coin où poser le camp. J’ai dépassé le lac Nochet, que j’ai traversé dans sa largeur et choisi une petite presqu’île, à l’abri du vent et m’offrant le lever et le coucher du soleil. Quelques dizaines de mètres en hors piste (neige à mi cuisse), je vise un coin qui me paraît bien et voilà que surgit à ma vue une petite harde de caribous ! Je stoppe mon avancée, me trouve un coin dégagé et suit leur progression. Ils m’ont repérés et accélèrent l’allure à ma hauteur mais sans plus : ils continuent sur leur lancée.

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Il est donc temps de s’installer. Comme il y a beaucoup de neige, je choisi de m’isoler principalement avec elle. Je tape une surface pouvant contenir mon couchage et les affaires courantes, pour ensuite l’isoler avec des murs de neige tout autour (3 cotés). Cela prend un peu de temps mais cela va bien. Je choisi de ne pas installer de bâche de protection au dessus du tout : il n’y a pas de neige de prévu et il y a peu d’arbres morts : je préfère garder ceux qui sont présents pour mon bois de chauffage. C’est d’ailleurs le travail qui va m’occuper ensuite. J’en fais suffisamment pour le soir et le lendemain matin.

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Le soir s’annonce et il est temps, après avoir mis en place le couchage (sac en plume dans le sac synthétique, le tout dans le sur-sac) d’allumer le réchaud et de manger. Je vais mettre du temps à faire un feu qui chauffe : le bois est humide et le réchaud a tendance à vouloir s’enfoncer dans le peu de neige qu’il reste. Comme c’est le premier soir, je n’ai pas encore mes repères (emplacement de la nourriture, ustensiles, bois) et je perds du temps. Après le souper (pâtes), je lance le vrai feu pour me chauffer. La encore, il est timide et je dois lutter pour qu’il rayonne un minimum. Je fais tout ça mains nues, ne ressentant pas de froid mordant. Mais lorsque je me réchauffe les mains ensuite, je sens des petites piqûres sur le bout des doigts : ça y est, je me suis fait des engelures, bêta que je suis !!

La rentrée dans le couchage est rendu plus compliquée par l’ajout du sac en plume : une autre couche à bien fermer et configurer : cela donne chaud car j’ai envie que ça se fasse vite ! Une fois dedans, je suis bien, la chaleur vient vite, et avec ça les piqûres deviennent plus mordantes, des deux mains. Une bonne heure de réchauffage d’engelures avant de pouvoir dormir tranquille, ceux qui connaissent doivent se souvenir comment c’est douloureux ! On verra à la lumière demain l’état des doigts.

 Mardi 20 janvier

Bien dormi cette nuit. Il fait bon à l’intérieur du sac (des sacs) et je traîne. Avec le frimât visible à l’intérieur du sur-sac (qui va me tomber dans l’oeil au premier mouvement vers la fermeture), cela aide à rester tranquille ! J’en profite pour tâter de mes extrémités touchés : bouts de doigts durs sur la main droite, normal. Cloques sur deux doigts de la main gauche : moins sympa car il faut éviter que les cloques percent.

Au moment où une envie pressante de sortir me prend,je respire un bon coup et me prend le frimât dans l’oeil et suis dehors. Avant tout : on se rhabille et on oublie pas les gants ! Il fait beau (et donc froid) et il est tard. Trop tard pour un petit déjeuner. Je tente une ou deux cuillères de beurre d’arachides, mais j’oublie vite : il est dur comme du béton, j’obtiens seulement du copeau gelé…

La mésaventure de la veille me fait dire qu’il faut que j’aménage mieux mon coin de feu : se marcher sur les pieds par cette température n’est pas vraiment une bonne idée et j’ai maintenant des engelures à gérer pour le reste de la vadrouille, car il est bien sur hors de question de repartir pour si peu. A part donc un léger tour de la presqu’île, où je piste un renard qui s’est approché dans la nuit pour voir mon campement, je vais travailler sur l’aménagement du camp et le coupage du bois.

Sans que cela ne paraisse, cela demande du temps : il faut couper le bois en deux dimensions : des petits bouts pour le réchaud et des plus longs pour le feu. Cela m’occupe donc bien et le reste de la journée file à bonne allure. Je décide donc ensuite de lancer le souper : au moins je verrais clair et j’éviterais les recherches…

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Pour le souper, je m’offre une petite nouveauté : Pierre m’a donné des brochettes d’orignal, que je fais réchauffer en papillote sur le feu et que j’accompagne de pâtes. Délicieux. Par contre une surprise m’attend. Alors que je revenais de faire ma commission (il fait nuit), je m’assois de nouveau devant le feu. Et là : VLOOF, une volée de braises et de flammèches me sautent au visage ! Incompréhensible ! Jusqu’à ce que je me rende compte que je n’ai plus de briquet dans ma poche : il était tombé dans le feu lorsque je l’ai enjambé pour aller satisfaire mon besoin naturel…

Décidément, cette vadrouille semble vouloir me réserver des mauvaises surprises… heureusement que j’ai toujours un autre briquet, mais du coup plus de sécurité,je n’ai plus que celui là, pas très cool.

Enfin, retour dans mon cocon nocturne où il fait bon dormir. Demain est un autre jour et je vais explorer les alentours du Nochet. La rentrée se fait bien, les repères sont bien installés (on apprend vite). Par contre,une cloque a percé dans la journée, alors qu’une autre est apparue sur le pouce.

 Mercredi 21 janvier

Cette fois ci, je mets les gants avant de sortir du sac, c’est plus prudent et cela évite les contacts avec les fermetures, qui ont tendances à érafler les endroits sensibles… et là re-nouvelle surprise : mon gant droit a un manque ! J’ai du le laisser trop près du feu hier soir et il n’est plus bon à rien, deux doigts sont tout le temps à l’air. Je prends donc mes gros gants, mais comme pour le briquet : plus de back-up : il ne faut n’y les perdre ni les tremper ou alors je suis mal.

Pas de déjeuner non plus ce matin, il faut rattraper le temps perdu et il est assez tard. Je prends une boite de sardines et du sucre pour la journée et part vers le Nochet, via un lac parallèle.

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En chemin, je vais trouver une carcasse de caribou, presque enseveli par la neige et le vent. Toujours au milieu d’un lac, elle paraît assez vieille même si c’est très difficile de déterminer une date. Les lacs sont tout en longueur par ici et j’avance assez doucement en raquette.

Même si le vent limite l’épaisseur de neige sur les lacs, cela ralentit l’allure. Je coupe plusieurs fois en sous bois, me rapproche d’une hauteur bien intéressante mais n’y grimpe pas : le ciel est assez couvert et sans GPS, je n’ai pas le goût de perdre mes traces… Je commence à penser que j’ai tiré la vadrouille « bad luck » ce coup ci et je ne fais pas de pied de nez au destin en cette saison.

Sur la route, j’entends un skidoo qui emprunte la piste. Ce doit être Pierre qui avait dit qu’il passerait voir si tout allait bien. Je suis bien trop loin pour aller à sa rencontre. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles comme on dit !

Ce n’est pas une super journée pour les photos : tout est gris, pas de visibilité. Sur le chemin du retour, il m’arrive une autre histoire : mon pied gauche s’enfonce dans la neige et je vois l’eau remonter… je remonte vite le pied et voit ce qu’il se trame : le pied n’est pas mouillé heureusement, mais la raquette est pesante comme un caribou mort ! Je déchausse et enlève toute cette neige mouillée. Quand ca veut pas…

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Retour au camp et coupe de bois pour le souper. Je pensais faire une vadrouille d’une dizaine de jour, mais je pense déjà qu’elle va être plus brève : pas de GPS, pas de briquet de secours, des mains qui ont souffert un minimum et une tendance sérieuse à la poisse font que j’aurais tout à gagner à revenir plus tôt que prévu. Enfin, on verra ça. Déjà,il est clair que je ne changerais pas de camp pour aller plus dans le sud comme c’était prévu. Trop de risque d’être mal pris, et là je suis déjà à quelque 10 km de la route, ce qui est déjà pas mal loin. Cette piste va durer tout l’hiver, j’aurais tout loisir d’y retourner sous de meilleures hospices.

 Jeudi 22 janvier

La nuit a été froide. Je m’offre un déjeuner car je me suis levé assez tôt ce coup ci. Si je ne vais pas changer de camp pour aller dans le sud, ça ne m’empêche pas d’y aller à pied pour voir à quoi ça ressemble.

Je pars donc sur la piste et descend dans le sud. Comme Pierre est passé la veille, la trace est belle et l’avancée aisée. Pas de pistes fraîches sur la route et j’arrive sur un lac assez immense qu’il faut traverser sur la longueur. Le vent est violent et je le ressent fortement à cet instant : ça pique du coté où ça souffle ! Je vais aller sur l’autre rive, prendre une pause sur une petite hauteur. Rien ne passe. Le retour se fait douloureusement : ça pique de l’autre coté, normal !

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Retour au camp 1h avant le coucher du soleil. En avant pour le souper. Le froid devient assez intense et je sens, lors de la rentrée dans le sac (qui va prendre plus de temps) que la nuit va être difficile. Effectivement, je n’aurais pas chaud cette nuit, les deux sacs ensemble montrent leur limite et même si je n’aurais pas froid, je n’aurais pas chaud.

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 Vendredi 23 janvier

Il est tard lorsque j’émerge. Et mince, je me rends compte quand je veux sortir que j’ai oublié un gant dehors… le gauche en plus. La poisse… une fois sorti et habillé, je fais un feu et déjeune, pas réchauffé. Là je me décide à faire le chemin du retour. Je remballe tout le matériel sur le toboggan et repars. Par contre, le retour va être une autre histoire que l’aller : le vent de la veille a recouvert la piste de skidoo qui est donc beaucoup moins glissante. Je n’avance pas et me fatigue, alors que les heures tournent.

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Après la traversée du nochet qui a été un calvaire, j’ai deux choix : soit je continue comme cela mais il faudra que je pose un camp et que je fasse le retour en deux jours. Soit je laisse le matériel sur place et rejoins nouchimi à pied. Dur choix car il reste du chemin et il ne faut pas que je me laisse prendre par la noirceur alors que je suis encore dans le bois : la piste sur les lac est presque invisible et il ne s’agit pas de se perdre avec rien pour passer la nuit.

Je choisis quand même d’y aller en forçant l’allure. Je marche donc à bon train, facilement. Sur le retour, je perçois nettement une piste de loups empruntant la trail de skidoo. Je vais compter 8 dépôts d’urine sur le bord de la piste et 5 crottes (dont deux molles). Elles sont très fraîches car avec le vent qu’il y a eu la veille et ce matin, elles auraient disparues. Je leur donne une matinée d’avance au gros max.

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lorsque je suis au niveau de la carcasse fraîche qui n’était pas entièrement consommée, je stoppe et regarde l’évolution : ils sont repassés et ont consommés.

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La piste va me suivre jusqu’à la route, que je foule à peine une demi heure avant le coucher du soleil : grosse marche mais je suis content, je suis sorti du bois quand c’était le temps. J’entame ensuite les quelques km vers nouchimi. Personne dans la place, mais j’ai la clé de la chambre où je stocke quelques affaires. Fin de la vadrouille : pas fâché qu’elle se termine celle là !!

Bilan de cette vadrouille :

- D’un point de vue physique, c’était dur : certainement la plus rude depuis le début, surtout avec toutes les à cotés qui sont survenus.
- D’un point de vue lupin : très bon : traces fraîches, carcasses. Et la meute a très certainement repéré ma présence sur cette piste, que je vais pratiquer plusieurs fois avant la fin de cet hiver.

Voir en ligne : les photos de cette vadrouille

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