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Publié : 10 décembre 2008
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Carnet de vadrouille : du lundi 17 au dimanche 23 novembre 2008

 Lundi 17 novembre

C’est vraiment pas de chance ! Je viens de récupérer des raquettes lors de mon dernier déplacement à Nouchimi. Bon, ce n’est pas encore les miennes, qui semblent bien perdues pour le coup. Mais Linda, la cuisinière de Nouchimi m’a généreusement prétée les siennes en attendant. Cela me permet donc de repartir en vadrouille !

Non pas que la neige soit bien profonde, loin de là. Mais en Baie-james, tout peut changer très vite et il n’est pas très sécuritaire de partir loin et longtemps sans raquettes à cette période. Si une tempête arrive et me met 50cm de neige sur mon chemin de retour alors que je suis loin du camp, cela peut devenir dangereux, au moins génant.

Et là, de retour au camp, je préparais samedi mon toboggan et ma nourriture, tout content de ma première vadrouille blanche !! Et il se remet à pleuvoir… tout doucement mais sûrement, le peu de neige se met à fondre inexorablement… pour bientôt totalement disparaître.

Je me résous alors, je me dis : et bien repart avec le carrix encore une fois : moins d’affaires, mais ce n’est pas vital, et les raquettes sur le sac. C’est dans cet état d’esprit que je me lève dimanche matin. Je récupère le sac carrix, je remplis le caisson de nourriture et ramène le tout au camp..quand il se remet à neiger !! Flûte de zut alors !!

Je me connecte sur la météo du coin : ils annoncent toute la journée de la neige, plus toute la nuit. Avec une semaine très froide et ensoleillé ensuite. Alors, je me dis qu’il serait bon d’attendre un jour supplémentaire : je pourrais enfin tester le chargement du toboggan et commencer à préparer mon chemin vers le sud, ce qui me serait plus difficile avec le carrix.

Dont acte : j’ai attendu et j’ai consciencieusement préparé, soupesé et réflechis à au chargement de mon nouveau moyen de transport durant l’après-midi, sous quelques flocons qui me réjouissent.

toboggan en cours de finition

Lundi matin très tôt, je me réveille et regarde dehors : un petit 20cm sur le sol. Pas fameux mais suffisant !! Je ne prends même pas le temps de déjeuner (enfin si, juste un café) et finis le chargement du toboggan. J’utilise la bache qui protège la génératrice pour protéger et bien serrer le chargement. (Je suis en cela les conseils d’un ouvrage récemment acheté : ). Elle me servira également de tapis de sol lors de mes campements.

Avant de partir, je met la génératrice à l’abri dans le camp, histoire qu’elle ne prenne pas trop la neige si ca tombe dru. Je ferme les portes et me lance en vadrouille !

Les premiers mètres (en fait du camp jusqu’à la route) sont assez difficiles, car il y a pas mal de végétation en dehors de la neige. Néanmoins, ca glisse bien et aucun renversement en route : c’est bon signe !

Sur le bord de la route : peu de neige. Suffisamment pour ne pas abîmer le toboggan et pour que cela glisse, mais tout juste. Les 10km vont être longs, mais comme d’habitude. Quelques secousses ressenties au niveau de la poitrine (à l’endroit ou j’ai la sangle qui tire la luge), mais en aidant avec les mains, ca soulage beaucoup. Sur la route : peu de pistes, pas de caribous.

mickael et le toboggan

Ca paraît bien tranquille alors que plus loin, c’est la folie furieuse des hormones en quête de chasse ! Je croise pas mal de véhicules dans les deux sens. Ceux qui vont dans a direction sont souvent chargés de caribous morts à l’arrière ou sur le toit du truck. Je croise aussi le Cree qui s’occupe de déneiger la route. Je ’avais rencontré à Nouchimi. « ha, you are the wolfman !! I see a wolf last week and i touch him ».

Aujourd’hui, il se renseigne sur a destination et me dit que les caribous sont vraiment arrivés dans le secteur et qu’il faut que je fasse très attention près du chemin avec les chasseurs. Même avec la veste orange que Lucie m’a prétée, il vaut mieux se tenir loin des accès.

J’arrive finalement à la fin de mon parcours routier, bien content d’y être. Je me rends compte alors de a première erreur hivernale : je n’ai pas pensé à mettre un lunch pour ma journée quand j’ai chargé ce matin… Et j’ai franchement pas l’envie de déballer toute la luge (bien ficelée) pour diner. Je fais donc une croix sur mon repas et continue.

Ce fût une erreur car le hors piste consomme des calories, et l’arrivée vers l’endroit où je voudrais bivouaquer passe par un dénivelé important. Je suis vite fatigué et je n’avance plus. Je suis même tenté de poser le camp avant la montée finale, mais le coin n’est pas propice (pas d’arbres morts, beaucoup de thé au sol). Heureusement, car cela me force à un effort supplémentaire. Je le réalise en deux fois : un premier trajet avec le sac à dos, pour repérer un coin pour l’abri. Je le trouve de l’autre coté de la ligne, finalement pas trop loin du tarp des vadrouilles précédentes. Je souhaitais aller un peu plus loin, mais définitivement pas aujourd’hui…

Une fois choisie la place, je retourne chercher le toboggan, que je traine difficilement sur la montée. Sur le plat ca va bien par contre, malgré une forte présence de thé.

Voilà donc l’endroit trouvé pour poser le camp. Je commence par déblayer le peu de neige au sol avec la pelle. Je prévois large, pour pouvoir décharger tout le toboggan tranquillement. Je tente ensuite de dresser le tarp. Là je vois une difficulté que je n’avais pas rencontré : plus trop moyen d’utiliser les sardines pour fixer tous les cotés (il y a d’ailleurs un oeillet de déchiré suite à un gros coup de vent deux semaines auparavant). Et la grande taille du tarp me rend difficile la tache indispensable en hiver : bien tendre la toile. En effet, une toile lâche servira de récepteur à neige et finira par s’affaisser. Ce qui est convenons le plutôt désagréable lorsqu’on dort dessous !

La solution est de positionner le tarp plus pentu, mais cela rend la surface à chauffer plus importante et une prise d’air non désirée…Je ne trouve pas la solution idéale, ce qui me fait dire que je changerais d’optique la prochaine fois, en me servant de structure fixes (arbres mort) et en utilisant la toile du tarp comme un tipi. Enfin, ca ira bien pour cette fois, et le temps n’est pas à la neige.

Je fais ensuite une petite récolte de bois avant la nuit, mais celle-ci est bien maigre et bien humide : j’arriverais juste à me faire un café et réchauffer du riz avec des beans. Pour me sécher et me chauffer un peu, cela devra attendre.

 Mardi 18 novembre

Il fait plus froid que la veille. La méteo semble ne pas se tromper et je sens une vadrouille froide. Je décide aujourd’hui de faire un tour des pistes et donc de ne pas démonter le camp. Je chausse les raquettes de Linda, histoire de les essayer un peu. Il y a peu de neige, mais j’espère que cela amoindrira l’humidité de mes bottes.

Direction : la ligne d’NRJ et le sentier qui mène vers le sud. Pas de traces, a part quelques lièvres et des lagopèdes. Ah oui, je les vois enfin : les lagopèdes blancs. Pas faciles à repérer du fait de leur couleur, je vais en surprendre quelques uns sur la route, mais pas moyen de prendre des photos…

Bientôt, les raquettes ne sont plus nécessaires, et deviennent mêmes génantes. Je les retire donc et les accroche au sac. Durant cette journée, je rencontre mon deuxième souci de vadrouille : je n’ai pas d’eau liquide. Ma gourde est congelée et je dois pourtant m’hydrater. Je mange un peu de neige, mais il faudra aussi résoudre ca pour cet hiver.

Après un grand tour et un passage vers le lac à marée basse, où je rencontre une belle piste de renard qui en fait le tour, je retourne sous la ligne. Arrivé juste au croisement, je vois alors mes premiers caribous ! Non loin, ils m’ont reperé en même temps que moi, un petit groupe de 6 caribous sont en train de se nourrir du lichen caché sous la neige. Ma présence les fait se détourner de leur activité et ils s’eloignent, tranquillement cependant.

Caribous

Là, passé les premieres minutes, je regarde plus loin et remarque qu’il y a plusieurs groupes, tout le long de la ligne ; Certains la longent en direction de mon camp. Certains la coupent et prennent plein sud. J’attends sagement sur place, agenouillé sous une épinette pour tenter de les prendre en photo. Puis après une bonne demi heure, je décide de continuer mon avancée :Il faudra bien que j’y retourne à mon camp !!

Je longe la ligne, le plus doucement possible. Evidemment, cela ne suffit pas et je me fait repérer ! A chaque groupe, il semble y avoir un détecteur : toujours un caribou un peu en retrait, qui se retourne à chaque bruit. Ca en est rigolo. Je parviens à avancer sans trop déranger, et j’arrive à prendre quelques vidéos d’assez près.

Caribou

Une fois passé un dénivelé, j’ai en vue la zone de mon camp. Et je me rends compte que cela semble être le chemin le plus utilisé par les caribous !! A mon sens, ils utilisent les traces déjà faites. Et mon passage de la veille avec le toboggan leur a plus. Cela fait que plus je me rapproche, plus j’en vois. Je passe vite en hors piste pour les derniers mètres, afin de trouver mon camp sans déranger. J’espère qu’ils ne sont pas passés dessus !

Non, tout va bien, tout est en place. J’en profite pour changer de veste car la température baisse bien. Alors que je fais ca, j’entends derrière moi un râle, rauque. Y’en a qui sont tout proches ! Je me retourne, sort mon appareil et cherche à localiser l’animal. Il arrive dans ma direction.

En fait trois caribous apparaissent,cherchant et ralant en même temps. Un se rapproche encore et il est à deux mètres de moi ! Malheureusement, les branchages qui me cachent de sa vue perturbent aussi la caméra qui ne focusse pas sur le caribou… j’arrive juste à avoir son portrait une fois, avant qu’il ne me repère et détalle !!

Caribou

La journée touche à sa fin. Je dois quand même trouver du bois pour ce soir et demain. En cherchant doucement, je trouve quelques ramilles pas trop grosses. Les craquements de ma récolte font détourner des têtes, mais sans plus. Je retourne à mon camp, dépose le bois et file ensuite au bord de la ligne pour profiter du spectacle ! Accoudé à un gros rocher, je les vois passer tranquillement. Dommage que la lumière devienne insuffisante, mais j’ai fait le plein de photos aujourd’hui !

Retour au camp à la nuit, souper rapide et coucher. Durant la nuit, je vais entendre plusieurs fois le passage de caribous tout proche. Et en plein milieu, j’entends un « sglonggg » ben voilà, y’en a qui s’est pris les pieds dans une de mes cordes !! je me lève pas, on verra ca demain !

 Mercredi 19 novembre

Effectivement, la moitié du tarp est affaissé et le sursac est sous un peu de neige. Je retrouve la corde un peu plus loin. Après le déjeuner, je pars voir dans quel coin je pourrais m’installer. Je choisis bien sur le sud, car je souhaite en faire ma destination hivernale. Par bonheur (ironie), les caribous ont saccagés le peu de neige qu’il y avait, et ca va être galère pour emmener le toboggan plus loin…

Je recherche au alentours et finalement me décide : il faut prendre une décision. Il va faire froid cet hiver : il me faut du bois. Il me faut aussi un peu de place pour dresser le camp. Je connais une place sur le sentier qui pourrait être intéressante. En plus juste à coté du lac à marée basse, ca serait une bonne étape. Je vais donc remballer tout le matériel et partir avec le toboggan.

Le démontage est rapide, de même que la mise en place de la luge : Tout tiens dans trois contenants : très pratique. Par contre, le sac de couchage, qui a condensée durant la nuit très fraiche est maintenant gelé en surface. Il tire un peu la tronche !

Après tout ca, je pars. J’ai mis mon sac à dos par dessus le toboggan : idéalement, j’aimerais voyager les épaules à vide, c’est plus sympa. Cependant, cela change le point d’équilibre et plusieurs fois durant le trajet, la luge s’est renversée sur le coté. Pas de dégâts, mais c’est embêtant et peu pratique.

Le trajet ne se déroule quand même pa si mal : la largeur du toboggan est parfait (enfin, juste un peu trop large par rapport aux traces de caribous…. il faudrait qu’ils se chaussent de la meme pointure que mes raquettes, si c’était possible !) et le froid rend la neige plus praticable. J’arrive sur zone vers 14h, ce qui me laisse le temps de dresser un mini tipi et de faire une coupe de bois assez conséquente. Là, je me rends compte que dresser son camp dans un champ de brûlés est un réel avantage en hiver !

Camp mobile

A la fin de mon installation, je m’assoie sur le bord d’un rocher et vois passer quelques caribous. Décidément, ils sont partout et vont me servir de voisins quelque temps semble t’il. Depuis deux jours, j’en ai vu plus que durant les deux ans qu’a duré le précédent projet !

Caribous dans un brûlé

Quand la nuit tombe, je me fais un petit plaisir : j’allume mon premier feu de camp !! On avait juqu’à présent toujours éviter les feux, car cela est contraire aux principes sans trace. Néanmoins, le réchaud est définitivement insuffisant pour réchauffer le bonhomme et sécher le matériel. Et je n’ai pas de thermomètre, mais le bruit de la neige sous mes pas me susurre à l’oreille que le -20° est tout proche.

Alors, je commence par me faire un café et manger, en utilisant le réchaud à bois, toujours plus rapide, économe et efficace. Ensuite, je déverse les braises dans le trou fait à l’occasion et commence un vrai feu. Bon, il est pas gros, je reste raisonnable, d’autant que la toile de tarp n’est pas si loin. Mais le rayonnement est plus important et je peux enfin me déchausser et sécher es feutres, tandis que la fumée m’envahit (ah oui, ca on peut dire que je commence à ressentir ce que le saumon doit ressentir !!!). On a les yeux qui piquent un peu, mais je prends le tout !

Feu de camp

Un autre indice que la température est en baisse : la rentrée dans le sac de couchage est redevenu un rituel : je prépare tout avant, je place les choses (et de plus en plus dans le sac de couchage) et la dernière étape est toujours d’enlever le pantalon ! Une fois fermé le sac et le sursac, j’apprécie la chaleur qui revient assez vite ! Bonne nuit !

 Jeudi 20 novembre

Un des inconvénients du sursac est que l’on ne voit pas la lumière du jour lorsqu’il est totalement fermé (ce qui est le cas en ce moment). Il est donc plus facile de se dire qu’il n’est pas l’heure de se lever ! Ca fait que je traîne un peu plus, ce qui rogne sur ma journée : c’est pas super.

Je vous ai parlé de la rentrée dans le sac de couchage le soir ? la sortie au petit matin est encore pire. Quitter son cocon est réellement une affaire de volonté et mettre le nez dehors (entre le frimat qui est sur le sac et l’air piquant demande un effort ! Première étape : on enfile le pantalon, on met le pull (très vite). Ensuite, le bonnet et l’appareil photo sous le pull. Ensuite, on essaie de mettre ses bottes. Oui j ’ai bien dit on essaie : elles sont gelées bien raides. Et le gel a tendance à déformer les bottes, ce qui fait que le pied ne rentre plus dans la botte !

On force, on pousse, on jure et on s’essoufle (parfait pour rester au chaud). Après une lutte acharnée, je me retrouve dans mes godillots, tous frais pour l’occasion. Ensuite pipi. (oui, j’ai pas encore d’envie trop matinale et je m’en réjouis !). voilà, je suis opérationnel, je peux allumer le feu dans le réchaud et me faire café et crème de blé ! Le bonheur !

Ensuite, direction le sentier toujours. Je veux aller au bout et calculer combien d’heures de marche avec la neige, raquettes au pied. Je suis les traces de caribous, nombreuses. J’en croise d’ailleurs plusieurs en route, qui me devancent et s’écartent lorsqu’ils me repèrent. J’arrive au lacs de fin de sentier après près de deux heures de marche. Et le chemin a été rugueux : une très longue montée, avec des parties très dénivelées. Et une fin de parcours où l’avancée est très difficile : pas assez de neige et du bois partout à terre : pas moyen d’y emmener le toboggan cette fois la.

Lac gelé

Je dîne (sardines à l’huile)sur un rocher en hauteur, et prends des photos de caribous qui traversent les lacs (les chanceux, je sais pas comment ils font : moi je ne m’y risquerais pas tout de suite). Ensuite, vu que je me refroidis assez vite, je reviens sur mes pas tranquillement. Deux heures plus tard, je suis de retour à mon camp, assez fatigué de cette marche en raquette : il va falloir que je reprenne de l’exercice.

Harde de caribous

Coupe de bois ensuite, plus importante que la veille, histoire d’avoir des réserves. Au coucher du soleil, je soupe et me prépare une bannick sur le feu. Cuite un peu trop fort, mais pas évident de gérer sur un feu vif, qui plus est dans le noir !

Je retourne ensuite dans le sac de couchage, avec la bannick bien enveloppée et mise sous l’oreiller.

 Vendredi 21 novembre

Encore plus froid ce matin : là, on est passé à l’hiver c’est certain ! Le rituel du lever est le même, un peu plus rapide et efficace. Je continue dans le même secteur : pas trop le goût de déplacer le camp, surtout que le sud est encore bouché pour cette vadrouille.

Je vais donc sous la ligne, mais dans l’autre direction, jusqu’au site micro onde. Parcours jamais réalisé, que je fais en deux heures environ. Ce chemin, qui aurait pu être une alternative à la route en gravier, est pas mal accidenté et long. Sauf changements de conditions, elle n’est pas préférable au chemin habituel.

Tant pis, il fallait la tester. Caribous : ca s’est calmé dans la journée. Il reste le traces, innombrables, mais peu de passages. Pour le retour, je vais longer la ligne, mais à bonne distance. Avec les raquettes, ca va mieux et je découvre d’autres coins, et d’autres pistes. Les sous bois sont aisément marchables. Seul un gros ruisseau encore liquide me force à me détourner un peu de ma ligne de marche.

Taïga

Retour au camp, 1h avant le coucher du soleil. Re-coupe de bois (ca réchauffe, et ca permet d’être serein lorsqu’on se réchauffe le soir). Le feu de camp me permet un truc sympa : je ne suis plus trop dépendant de la lumière pour me coucher. Avec une petite bougie, je parviens à lire. Avec une plus grosse ou deux, je parviendrais à écrire, ce qui est très bon. Cette nuit, on a dépassé les -20 allégrement : la neige craque sous les pas, et le nez a tendance à se coller, signe des -30 approchants.

 Samedi 22 novembre

Toujours bien froid au réveil. Le sac de couchage ressemble de plus en plus à un sac de congélation ! Heureusement, ce n’est que superficiel et c’est toujours chaud à l’intérieur, mais c’est impressionnant à voir.

Après le déjeuner, je décide d’aller voir vers l’ouest : l’endroit où j’avais entendu le loup hurler lors d’une précédente vadrouille. Je suis un peu les traces de caribous et tente un autre chemin, pour voir si la montée de la mort (passage obligé vers le sud) a une voie plus marchable.

Rien de convaincant : une côte est une côte ! Par contre, avec le froid de cette semaine, je ne sus plus du tout embété avec les tourbières et autres zones humides : même s’il y a peu de neige, tout est bien dur maintenant et ca devient un plaisir. Je me rappelle encore de déviations longues durées ou de passage plutôt très humides : à l’année prochaine !

Je continue jusqu’aux premiers lacs qui recoupent la ligne. Aucune trace de canidés en vue. Il faut dire quand même que ce n’est pas très concluant : vu la masse de traces de caribous et leur manie de fouiller la neige partout où ils passent, toutes les autres pistes sont saccagées et invisibles. Un peu dommage, mais il faudra s’y faire.

Traces de caribous

Je continue un peu hors piste pour me trouver un coin sympa en hauteur pour attendre un peu. Un passage lointain de caribous, en ligne sur la traversée d’un lac, mais rien d’exploitable. Je m’y serais bien fait à la cohabitation avec 500 caribous par jour moi ! Enfin, l’hiver n’est pas encore là, j’aurais l’occasion d’en recroiser, certain.

Je continue dans la zone jusquà la fin de la journée, où je rentre au camp. Pas de coupe de bois à faire, j’ai assez de réserves. Je m’assoie sur un rocher bien placé et attends le coucher du soleil.

Le soir, bien content d’allumer le feu et de traîner devant les flammes, réchauffantes et amicales, avant de regagner mon sarcophage pour la nuit. Demain, je rentre au camp.

 Dimanche 23 novembre

Je me lève assez tôt : je ne sais combien de temps va me prendre le retour, et j’ai pas mal de trucs à ranger. Je décide de laisser le tipi en l’état. C’est décidé, il sera ma première étape vers le sud. Plutôt bien placé et accessible, il aura aussi quelque utilité dans les autres saisons, vu comment le lac à marée basse semble être un endroit de passage pour la faune locale.

Je range tout dans leur caisse respective. Bien évidemment, la caisse nourriture est bien moins lourde. Pour protéger et bien fixer le toboggan, j’utilise le poncho, qui me servait de tapis de sol dans le tipi. La taille est parfaite. Je choisis également de reprendre mon sac sur le dos : l’essai du sac par dessus le toboggan n’a pas été une réussite. Ensuite, sans raquettes, je repars.

La charge est légère et l’avancée est bonne. Je sens que cette semaine m’a remis les mollets à niveau, c’est dejà bon. Quelques difficultés dans la descente, mais je me munis d’un baton pour freiner le toboggan, qui aurait une facheuse envie de me mordre les mollets !

Arrivé sur la route, je regarde sur la caméra : 1h environ entre le camp mobile et la route ; Il faut que je double ce temps pour l’aller car c’est de la montée et de la fin de parcours. Mais c’est correct : assez facilement rejoignable en une journée depuis le camp de base.

La route en gravier par contre me pose souci : comme il n’a pas neigé et qu’il y a du passage, il reste peu de glace et je slalome entre les plaques pour tirer le toboggan. Au final, je vais constater que cela va l’endommager sérieusement. J’espère pouvoir ’en resservir. En route, je rencontre un agent de la sureté du Québec, venu sur place pour enquéter sur un tir plutôt hasardeux (un chasseur a plombé le véhicule d’un autre chasseur). On discute un peu du projet, avant de se séparer.

Toboggan à l'arrivée

Retour au camp assez rapide, j’ai maintenu un rythme assez soutenu tout le long. Première chose à faire : déballer le matériel et couper du bois. Ensuite, je me pose, allume un bon feu qui fait un bien fou. Je place le sac de couchage près du poêle, histoire de le décongeler. Lorsque la température ambiante est bonne, je sors la génératrice et la met en route ; Elle part nickel. J’allume le pc. Fin de la vadrouille