Préambule
Une bonne semaine s’est écoulée depuis cette fameuse vadrouille « bad luck ». D’ailleurs, suite à la publication de celle-ci, plusieurs personnes se sont inquiétées de mon état et de mes engelures.Je les remercie de leur attention mais il ne faut pas dramatiser pour autant et ce sont des choses qui peuvent arriver !
Tout va très bien et la semaine de transit a permis de remettre tout d’aplomb, même si je dois faire attention à ne pas refaire le coup une seconde fois d’affilée. Pour aider, j’ai reçu des sous gants qui me permettront de manipuler les affaires autrement qu’à main nues.
J’en ai profité pour travailler sur la mise à jour de ce site, avec en plus une refonte totale de son apparence, publié un article sur le principe du camp de base et me mettre à jour de choses en retard. Cependant, il faut repartir et cette piste est l’endroit idéal pour une autre petite sortie.
Je pense avoir trouvé pourquoi j’ai eu du mal à ramener le toboggan la dernière fois : j’avais mal équilibré la charge et cela a affaibli le pouvoir de glisse du traineau. Je fais attention à bien tout ficelé et je choisis également de ne pas prendre de bottes de secours : je porte directement les grosses bottes toutes nouvellement acquises, malgré leur poids supérieur.
Le toboggan laissé en chemin a été rapatrié, les affaires séchées et j’ai aussi rajouté quelques boites de fèves aux lards pour tenir la durée. Seul me pose deux soucis :
je n’ai plus assez d’allume-feu pour une vadrouille. Je trouve à Nouchimi du coton à démaquiller et en guise de graisse, je teste plusieurs produits. Je retiens une bombe de désinfectant (avec de l’acéthone) qui me paraît faire l’affaire. La préparation est même plus rapide. Reste plus qu’à tester si le produit ne s’évente pas avec le froid. Je les conditionne dans des ziplocks, que je place à plusieurs endroits différents, pour être sur d’en avoir à disposition.
Les piles rechargeables que j’utilise pour le GPS ont réellement un problème :encore une fois, malgré une nuit de charge et un témoin vert, le GPS m’indique un niveau de batterie critique et ce à l’intérieur. Je récupère donc des piles standards (deux jeux) pour pouvoir utiliser la bête.
Lucie est de retour au camp mardi, ca fait plaisir de la revoir !! Kim n’est par contre pas de la partie, Georges le remplace. Pour profiter un peu de son retour, je décide de partir seulement le lendemain, soit le mercredi 4 février.
Mercredi 4 février
Pierre et Curtis vont partir chasser dans le sud et utiliser la piste. Un bon point : ils vont mettre au propre la piste qui sera aisée à parcourir, du moins jusqu’au prochain coup de vent ou chute de neige. Pour m’alléger un peu et parce que la journée avance, Pierre va emmener le traineau avec lui et me le déposer sur la route à un endroit défini, 4 km après le début du sentier. Je pars moi-même quelque temps après, conduit par Lucie et Georges.
C’est donc le pas léger, et aidé par deux batons de skis, que j’entame le début de la marche. Contrairement à la dernière vadrouille, peu de traces. Une harde de caribou est croisée sur la route mais elle est loin et je ne prends pas de photos. Autant garder du jus pour la caméra, ca serait bêta de rater une belle rencontre alors que bon, les caribous, je les croise plutôt régulièrement !
Une fois traversé le premier grand lac (sur 1km), je retrouve mon toboggan. Tout de suite,je me sens plus rassuré ! Je n’aime pas me balader sans rien, on ne sait jamais ce qui peut arriver et je sais qu’avec ce qu’il y a dans le traineau, je peux faire face à presque tout.
Il est presque 15h. Je pourrais choisir de continuer un peu mais l’endroit est intéressant : pas mal d’arbres morts, la carcasse de la dernière fois n’est pas très loin et j’ai un bon point de vision sur le lac, endroit de passage quasi obligé de tout animal passant dans la zone.
Je monte donc le camp. La météo vérifiée la veille annonce des chutes de neige. Je vais donc,contrairement à la dernière fois,me faire un abri couvert. Je prends un peu de temps pour selectionner et couper les arbres morts qui me serviront de structure. Je place ensuite la bâche et bétonne le tout avec des murs de neige tout autour. Un coté reste ouvert,vers la piste pour que je puisse voir qui passe. Installation ensuite du couchage, sur une épaisse couche de neige, prétappée par des caribous au repos.
Petite coupe de bois ensuite. Ma hache commence à être sérieusement émoussée et la coupe est énervante. En effet, la grosse épaisseur de neige rend difficile la coupe et je dois chercher plusieurs fois le tronc sous la neige. rigolo au début, mais très vite lassant…
Heureusement,je vais avoir droit à une pause sympathique :sur le lac tout proche, des centaines de caribous se font voir, se suivant en file indienne et se dirigeant vers le nord. A la queue leu leu, ils avancent d’un pas lent mais régulier et je m’installe pour les observer. trop loin pour des photos correctes mais le spectacle vaut le coup. C’est une vraie procession qui se déroule ici même et j’ai une grande admiration devant ces animaux qui se préparent déjà pour le voyage retour, plus de 5000 km vers le nord. On rigole beaucoup des caribous,de leur allure mais ce sont des animaux taillés pour le nord : endurants, apparemment insensibles au froid et au vent, ils en font des km !
Après ce long intermède, je retourne à mon ouvrage. C’est au moment où je fends les bûches pour le réchaud que j’entends Pierre et Curtis revenir dans ma direction. Ils ont tués deux caribous et m’annonce qu’il y en a un paquet plus dans le sud. En même temps, les distances ne sont pas les mêmes à pied et en skidoo et je ne pense pas descendre 40km ce coup ci (ils sont allés jusqu’au bout de la piste). Et puis bon, j’ai le sourire car je viens d’en croiser un méchant paquet y’a pas 20 minutes !
C’est le temps du souper, la journée touchant à sa fin. Pâtes et boite de beans, café, la routine. Je rentre ensuite sous l’édredon assez rapidement car il fait froid (pas extrême cependant).
Jeudi 5 février
Réveil sous une légère neige : j’ai bien fait de mettre la bâche ! bon, le coin cuisine est légèrement recouvert mais rien de bien méchant. Après un café et du gruau je pars avec le sac, raquettes sur le dos, sur le lac où sont passés les caribous la veille.
Je remonte la piste assez facilement, la route étant bien faite par les ongulés. Très peu de temps après, je vois nettement des empreintes qui n’ont rien à voir avec les caribous : des loups sont passés par là et ont suivis la harde !
Des loups, oui j’en suis sur au nombre de traces différentes, mais aucune idée de combien,c’est assez fouilli. Je crois que sur ce coup là, j’ai manqué mon coup : les loups remontent vers le nord… Cependant, je dois continuer sur mon initiative première : j’explore la zone, je ne chasse pas du loup : voyons donc par où ils sont passés.
Je longe un ruisseau qui coule entre deux collines. le passage est étroit et le bruit de l’eau m’indique que le débit est fort : attention à ne pas s’aventurer sur la glace où je passe à travers. D’ailleurs,il suffit de prendre le tracé des caribous et loups, qui longent la berge gentiment.
Cependant, je dois à un moment traverser une surface glacée, je n’ai pas trop le choix. l’épaisseur de la couche de glace semble suffisante et je m’y engage prudemment. Tout se passe bien jusqu’à la remontée sur l’autre rive. Là, mon pied droit s’enfonce profond, suivi du gauche : je me couche sur la neige le plus vite possible pour augmenter ma portance et rampe jusqu’au bord. Derrière moi,un bon trou s’est formé et l’eau coule vite en dessous.
Mon pied droit a pris l’eau jusqu’au genou et je sens que l’eau a infiltrée la botte, mais sans plus : je suis juste quitte à alléger ma botte de la neige trempée avant de repartir. Cependant je chausse avant mes raquettes, c’est plus prudent.
Je rejoins ensuite un autre lac,tout en longueur et le traverse de part en part. Nombreuses traces, mais qui s’effilochent peu à peu : les caribous venaient de plusieurs endroits différents et se sont regroupés au niveau du ruisseau. En ce qui concerne les loups, je perds leur trace à ce niveau.
Je continue, traverse le lac et prends ensuite totalement en sous bois, suivant une large trace. Je cherche aussi à rejoindre la piste : je dois être à 3 km au sud de mon camp et 1 km à l’ouest de la piste. C’est dans ces périodes de sous bois que les bottes sont vraiment lourdes et que la poudreuse est génante dans mon avancée.
Durant la traversée, je fais plusieurs arrêts pour vérifier ma direction et finis par retrouver la piste, à l’endroit où je pensais. De là, je la suis direction sud et le lac nochet situé 2km plus bas. Le temps est au gris blanc et rien ne donne sur les photos : aucun relief, aucun intérêt surtout que cette zone a été visitée et déjà un peu photographiée.
Retour vers le nord et le camp. Je retrouve la carcasse de caribou trouvée la dernière fois,bien moins fraîche évidemment. Je ne pense pas que les loups soient repassé : pas de signe évident de consommation, pas mal de neige sur la zone et les empreintes sont quasi illisibles.
Un lac avant mon camp, une petite harde de caribous se trouve sur la piste. Ils me regardent un peu surpris mais restent un petit moment, le temps de prendre une photo (enfin deux : la seconde lorsqu’ils se cavalent !). Retour au camp bien fourbu et les jambes lourdes. Je recoupe du bois pour ce soir et demain, soupe et me couche tôt.
Vendredi 6 février
Je traine au lit ce matin :le frîmat me fait de l’oeil et je fainéante un brin. Une fois dehors, je vais faire un tour de l’autre coté du lac (l’autre coté d’où venaient les caribous le premier soir). Il y a eu pas mal de vent cette nuit et les traces sur le lac sont pas mal toutes effacées :cela va très vite.
Je ne vais pas aller bien loin aujourd’hui. Demain, je démonte le camp et m’installe un peu plus au sud. Sur le retour au camp, je croise Curtis et Georges partis chasser mais revenus bredouilles. Je leur montre mon camp, on discute un peu et ils repartent.
Tranquillement, je refais du bois et me met au lit avant le coucher du soleil.
Samedi 7 février
Pas de frîmat ce matin ! j’en suis tout étonné, cela faisait un moment. Il a pas mal neigé cette nuit et cela continue, doucement. Je prends le déjeuner et laisse le feu actif le temps de remballer les affaires : remettre les sacs de couchage dans les sacs de compressions refroidit pas mal les doigts et je me suis promis de faire attention !
L’affaire est assez vite bouclée. Je fignole le ficelage sur le toboggan au niveau de la piste pour être plus à l’aise et laisse la structure du camp à sa place. Si je reviens, ca sera ca de fait.
La piste est couverte par un peu plus de 5cm au sol. L’avancée est aisée, ce qui me confirme que c’était une mauvaise charge qui me faisait peiner. A part deux traces de lagopèdes, pas de traces fraîche : tout est vierge et tranquille, mais toujours un ciel gris qui ne m’inspire pas pour les photos.
Il fait doux. limite trop chaud si on compare avec les jours précédents. Plusieurs pauses sur la route pour ne pas être trempé de sueur, un diner de sardines (même pas gelées !). Par contre la neige et le redoux relatif mouille mes affaires un minimum, chose qui n’arrive pas par temps plus froid.
J’arrive tranquillement au lac nochet. Je me tâte pour traverser ou non, mais je me rappelle de mon calvaire de la dernière fois et comme la piste est totalement recouverte, je préfère camper sur la rive est du lac, en m’écartant pas mal de la piste théorique.
Il est 14h et je recommence l’installation du camp, selon le même procédé que le précédent camp. On pourrait croire à une réplique exacte. Exceptée le « lit » de neige, bien moins tapée que le précédent. Moins de difficulté à trouver du bois. Plusieurs gros pins m’offrent des branches mortes consistantes et qui se brisent aisément.
Lors de cette coupe de bois, une petite famille de caribou se rapproche de la trace faite par le traîneau et me regarde avec attention, avant de repartir assez tranquillement.
Je soupe (couscous et beans) et ne fait même pas de petit feu après tellement il fait doux (quoique ca semble se refroidir en soirée).
La rentrée dans les sacs est plus compliquée : le tapis de neige moins tassé fait dévier les couches et je dois me contorsionner pour me mettre d’aplomb.
Dimanche 8 février
On peut dire effectivement que ca s’est bien refroidit ! le frîmat est là et bien là. De l’intérieur,je sens que certains items sont encore froids (pull). Je sors difficilement (les zips des sacs sont placés de chaque bord, ca aurait été comique de me voir sortir !
Il fait frêt ! un timide ciel bleu semble se dessiner derrière les nuages, mais vraiment timide. Après le déjeuner, j’embarque dans les raquettes, prends les batons et entreprend de faire une partie du tour du lac (3 km de long environ).
Par contre, je me rends vite compte que mes gros gants sont gelés très vite, malgré que je les ai mis près du feu au déjeuner : l’humidité de la veille est restée et dès les premiers pas sur le lac et le vent assez fort, ils deviennent durs comme du béton. Je continue un peu néanmoins, espérant que la marche va arranger ça, mais je déchante vite : mes mains se refroidissent vitesse grand V.
Je décide alors de retourner vers le camp pour résoudre le souci. C’est une bonne occasion de tester pour la première fois les hotpads (chaufferette chimique) : mis dans le gros gants,cela devrait aider. C’est là que je me rends compte que ces items ne fonctionnent pas : les deux testés n’émettent aucune chaleur. Depuis cet été, ils ont du être éventés et ils ne servent plus à rien.
Heureusement que je n’ai pas attendu d’être plus que limite et que je ne me suis jamais fié totalement à elles…
La bonne vieille méthode fonctionne le mieux : Je rallume un feu et fait sécher les gants, qui reprennent leur consistance habituelle. Je retourne ensuite faire le tour mais en plus court que prévu : il fait vraiment froid. En échange, je refais un bout de piste dans les deux sens, pour voir les traces éventuelles. Quelques caribous mais rien de bien génial.
Après être resté (pas longtemps) sur le bord d’une tourbière pour voir les mouvements, je retourne vers le camp et vais couper pas mal de bois : il faut finir de faire sécher tout ca !
Le soir, je change ma disposition : les gros gants sont sous moi, pour être sur qu’ils soient secs et chauds pour la journée. La rentrée dans le couchage est encore plus pénible et je met un temps fou à m’installer.
Lundi 9 février
Pas eu chaud cette nuit. J’ai même eu froid aux pieds, malgré les feutres hauts de gamme. A la sortie du sac, je refléchis et me décide à faire le chemin du retour : il fait beau et frêt, c’est le bon temps pour faire la marche.
En prenant le petit déjeuner, j’entends passer un skidoo. Pas celui de Curtis ni Georges :il roule beaucoup plus doucement et est moins puissant. Je me dis que cela doit être René, celui qui a fait cette piste. Il ne me repère pas. Je finis le déjeuner et lance un bon feu, pendant que je range le tout.
Impossible de remettre le sursac dans son emballage : trop gelé. Je fais pas mal de pauses auprès du feu pour me réchauffer les doigts et choisis de laisser mon « toit » sur place : j’en ai d’autres en rab.
Je ficèle le tout, mais moins bien que la fois précédente : moins de place pour travailler, colis mois homogènes mais ca se fait bien. Je repars sur la piste.
Bientôt je dois quitter mon parka : tirer donne chaud. Et je dois reprendre à plusieurs fois le paquetage car le sursac non emballé déborde un peu et me fait perdre de la glisse.
J’avance bien. doucement mais régulièrement et les km défilent. J’ai quand même bien fait de prendre des réserves de sucre pour donner un peu de jus de temps en temps. Il fait grand beau et c’est rageant un peu : tout de suite les paysages ont plus de relief, de vie. Enfin,j’en profite quand même !
Arrivé au bout de la piste après 8 km et avant 15h, je suis assez fourbu et je maudis les grosses bottes qui me font les cuisses ! 3 km de route monotone plus loin, je suis arrivé sur nouchimi.
Je dépose le toboggan devant le trailer et priorité absolue :je change de bottes, elles me sortent par les yeux ! Je me change donc et vais voir Lucie qui est au bureau. Pierre est retourné dans le sud. Reste Lucie,Curtis et Georges aux commandes de Nouchimi.
Un café, un sourire et c’est donc la fin de cette vadrouille ! (enfin,reste à sécher le sac de couchage)










