Accueil du site > Sur le terrain > Les carnets de route > Baie-James 2008-2010 > 2009 > Carnet de vadrouille du 16 au 19 mai 2009

Carnet de vadrouille du 16 au 19 mai 2009

lundi 1er juin 2009, par Mickaël Brangeon

 Samedi 16 mai

Après deux jours de mauvais temps, où je suis resté sagement autour du camp, le ciel bleu de ce matin me motive à partir vadrouiller. Après le déjeuner, je récupère 4 boites de fèves aux lards et des sachets de crème de blé. Le reste est disponible sur place. J’ai rechaussé les bottes d’hiver. Les plus légères sont trempées de mes excursions précédentes et la météo n’annonce rien de bien folichon pour les prochains jours. Du rechange en paire de chaussettes, le pull en laine, je suis paré. J’ai hésité à prendre le poncho mais je ferais sans.

La fin des skidoos

Sur le sentier qui mène à la route, je vais croiser 3 skidoos, laissés là par Lucie. Il n’y a plus assez de neige pour les utiliser et semblent tels des épaves sur le bord. Ces deux derniers jours, j’ai entendu les skidoos fonctionner toute la journée, profitant du mauvais temps pour retarder un peu l’échéance.

Rien de bien neuf sur la route. Le soleil tape bien et je vais croiser Yannick et Pierre de Nouchimi. Ah si ! quelques voiliers de Bernaches vont passer pas trop haut et je ais prendre quelques photos. Par rapport à l’automne passé, je trouve qu’il y a moins de passage. Peut-être la météo mauvaise ?

Bernaches du canada

Tranquillement pas vite, j’arrive au mitogan, les pieds chauffés et douloureux (trou dans une chaussette = frottements). Là, je découvre que le dégel fait son oeuvre un peu partout : tout l’intérieur est inondé de plusieurs cm d’eau, y compris les quelques affaires que j’y avais laissé.

Je n’ai pas franchement le goût d’aller patauger pour récupérer tout ça. J’avais laissé ma bâche dans un coin, et j’arrive à la récupérer de l’extérieur. Réussi également à reprendre mon mug et le beurre de peanut ! Il manque le sucre et le café. Je scrute, et je repère le sucre, en plein milieu, le contenant étanche flottant sur l’eau. Le café est proche de la bâche mais en me rapprochant, je vois que la boite est percé par le dessous et vide. Etrange…

Je vais ensuite trouver un coin pour m’installer. Je le trouve tout proche du mitogan. Il me reste à monter la bâche, confectionner un lit de sapinage (j’ai oublié mon tapis de sol) et trouver un peu de bois pourle souper, qui s’annonce maigre.

Tout cela prend un certain temps, surtout le sapinage qui doit être assez épais pour isoler du sol. L’heure vient ensuite de souper. J’ai peu de choses à chauffer : la boite de conserve. Ca tombe bien car je n’ai vraiment pas beaucoup de bois. Je m’affaire et allume le feu. peu de temps après, je perçois un bruit vers le mitogan. Je regarde doucement et voit un petit ours renifler et jouer avec une vieille chaise. Un coup d’oeil plus large me fait découvrir un autre ourson, un peu en retrait. Là, je me dis : banco, y’a la mère qui doit pas être loin ! Effectivement, je vais la voir juste après, en train de fouiller dans la végétation.

Ourson noir

Moi, je sors doucement de mon abri et prend l’appareil photo. Je cible le premier ourson, le plus proche, qui semble curieux de tout.Il se frotte aux arbres, retourne des roches. A un moment, il repère mon installation (en même temps, une bâche bleue se remarque bien !) et semble se mettre en tête d’aller voir de plus près. Je le vois se rapprocher, doucement mais surement. Je suis à coté du tarp, à genoux et vois la distance se rétrécir. Je garde un oeil sur la mère et ses réactions. Pour le moment, elle reste au même endroit mais surveille souvent son petit.

L’ourson devient vraiment proche. Je me lève doucement et fais un pas en arrière, pour me retrouver derrière le tarp. Mon mouvement fait stopper l’ursidé un moment, mais il reprend vite le fil de ses idées. La mère a levé la tête et m’observe. Je recule d’un pas, continue à observer la scène. Je n’ai quand même pas le goût de laisser le petiot venir sous mon abri et dévaster ce qui s’y trouve (mon sac de couchage entre autre). J’avance d’un pas, pour me retrouver au même niveau que la bâche. Le petit stoppe et me regarde. Il reste immobile.La mère s’avance vers nous, avant de repartir où elle se tenait.

Du coup, je recule de nouveau, en faisant plus de bruit. Mouvement léger de l’ourson qui fait mine de reculer, pour mieux revenir !

Pour l’instant, je n’ai pas fait de vacarme pour le faire fuir. Pourquoi ? principalement parce que je sais pas comment réagirait la mère : elle est à bonne distance mais se tient au courant de l’évolution de la rencontre. Non,je recommence mon manège : j’avance d’un pas, en frottant ma semelle sur le fil. Ce coup là est de trop pour l’ourson, qui vire et retourne à allure assez rapide d’où il était venu. Au moment où le petit rebrousse chemin, la mère se remet à avancer dans notre direction. Elle va stopper au niveau de son enfant, le sentir, puis continuer sur sa lancée (elle avançait d’est vers ouest, 15m au devant de moi). Le petit curieux la suit, suivie du second ourson, qui s’est montré très timide. Un peu plus loin, la mère stoppe et m’observe un moment, avant de continuer et d’être hors de vue.

Et beh ! même plus moyen de souper tranquillement ! Je suis sur au moins d’un fait : ce n’est pas un bon endroit pour installer un camp ici. Je reprends ensuite mes activités. je ne décide pas de changer de secteur : je pense que la petite famille a quitté la zone pour la soirée et que la mère ne va pas chercher des complications avec ses deux bambins.

Effectivement, à part un écureuil qui s’est permis de me piétiner durant la nuit, tout a été calme, sous le bruit d’une fine pluie.

 Dimanche 17 mai

Au réveil, il y a une fine couche de neige sur le sol. Je me prépare une crème de blé sur le réchaud, puis remballe toutes mes affaires. Je vais en effet essayer d’être plus mobile lors des vadrouilles et de coucher tous les soirs à une pace différente. Cela permettra d’aller plus loin, de rester plus longtemps dans un secteur si celui-ci est intéressant et de voir plus de pays.

Pour ce coup ci, je peux être autonome deux jours complets. Je pars donc vers le nord. J’ai repéré sur la carte un secteur pas trop humide, où je pourrais explorer sans craindre les effets secondaires du dégel.

L’avancée se fait bien ; A part sur les versants nord des collines où la al (dont certaines plus petites doivent être celles d’un jeune) me guident tranquillement. Plus au nord, je tombe sur un petit lac, que je dois contourner sur la droite et passer sa décharge. La, ca se complique déjà un peu : le ruisseau a un gros débit et là où je me décide à passer, c’est très « humide ». En passant de pierre en pierre, aidé par les aulnes, j’arrive à passer de l’autre coté, non sans avoir mis les pieds dans l’eau quelques fois. Je me dis que le plus dur est fait et je continue,

Bras de rivière

A peine 100m plus loin, je déchante : ce que je viens de passer n’était pas le ruisseau proprement dit, juste un bras secondaire, crée par l’abondance d’eau… le ruisseau en tant que tel est large de plus de 5m et avec un gros débit. Aucune possibilité de connaître la profondeur du cours d’eau. Après rune réflexion rapide, je me rends compte que cette voie m’est bouchée pendant cette période. Je fais marche arrière et retraverse le bras.

Je sais, d’après la carte, que c’était le seul chemin où j’avais une chance de traverser. Je décide donc de changer de secteur et reviens tranquillement sur la route. Je prends ensuite la direction de l’est, où je rejoins ma cache de nourriture. J’en profite pour récupérer des sardines et de la crème de blé, avant de reprendre vers le nord.

Lac en dégel

La vadrouille précédente m’avait fait rencontrer un ours et un orignal mort dans ce coin. Je me dis alors que c’est un bon moment pour voir où en est la carcasse. j’ai un peu de mal à resituer l’endroit. Le paysage est vraiment différent. Je dois en plus maintenant éviter les lacs, plus du tout sur. Le trajet prend donc plus de temps. Lorsque j’arrive dans la zone, je me retrouve encore dans une position difficile : toute la vallée en bas de la colline est en fait le lit d’un ruisseau, et une tourbière fait toute la largeur du lit. Pas de moyen pour traverser tranquillement et encore une fois. J’ai les pieds déja bien trempés.

Je décide de ne pas franchir cet obstacle et commence à fouiller dans les parages pour monter le camp du soir. L’espace est dégagé, de la mousse au sol, c’est un bon coin mais le vent du sud souffle fort. Je trouve un coin un peu mieux protégé et installe le camp. Encore une fois, le plus long sera de faire le tapis de sapinage. Souper tranquille en regardant la neige tomber.

 Lundi 18 mai

Temps gris et neige au réveil. Ca ne motive pas pour se lever de bonne heure tout ça ! Cependant, le temps de préparer le déjeuner et remballer le matériel, le ciel va se dégager et le ciel bleu va se faire plus présent. Le vent est toujours important et les nuages défilent à grande allure.

Comme le nord semble bien difficile d’accès,je repars sur la ligne d’énergie et avance vers l’est tranquillement.Je ne suis pas très loin d’un secteur que je souhaite approfondir et c’est l’occasion : à peine 8km me sépare d’un sentier qui relie la route trans-taïga au réservoir LG4. Certain que par le bois,cela représente un peu plus de peine,mais il y a de beaux points de vue en chemin.

Réservoir LG4

Je ne vais pas rester très longtemps sous les lignes. Je me suis préparé un itinéraire qui passe par deux hauteurs importantes et me rapproche plus du réservoir. La marche est agréable et je peux prendre des pauses sympathiques lorsque le soleil se laisse voir. Pendant le lunch, un merle d’amérique volète autour de ma position, mais je ne vais pas arriver à le poser,il s’envole dès que je suis prêt ! Je peux également faire le plein de ma gourde sans souci maintenant, ce qui est bien appréciable.

Panorama

Comme la veille en fait,il ne reste plus que les versant nord qui sont enneigés. Dans ces secteurs, j’ai encore de la neige jusqu’au genou.J’ai de la chance,car tous ces versants,je les ai descendu : on arrive plus vite à la fin du calvaire :)

Sur les deux hauteurs, j’ai pu trouver de nombreuses traces de caribous. Surement assez récentes, cela signifie qu’il y a encore quelques retardataires. J’ai une super vue sur le réservoir arrivé sur la dernière colline. Balayée par les vents,elle m’offre un beau panorama et me donne une idée plus précise de la végétation plus bas.

Le soleil commence à être bas.Je ne peux pas trop m’installer sur la colline :trop peu de protection et beaucoup de vent. Je décide de redescendre un peu, jusqu’à un lac que je repère d’en haut. Durant la descente, je suis un sentier au milieu du thé du Labrador.Ce sentier est réellement taillé et propre et semble plus fait par un homme que par un animal. Je continue à le suivre et découvre sur les flancs orientés sud des dizaines de bouleaux blanc. Plutôt rare en Baie-James,cela me surprend d’en voir autant à une même place. J’en profite pour prendre quelques morceaux d’écorce, excellent allume feu.

Bouleau blanc

Un peu plus tard,j’arrive au lac,encore en partie gelé et cherche un coin pour m’installer. Chose pas trop facile : beaucoup de gros rocers et un dénivelé constant. Je trouve cependant un petit coin convenable. Quand je dis convenable, je parle uniquement du coin pour me coucher. Car tout le secteur est absolument magnifique. Je me croirais dans une forêt millénaire. beaucoup de mousse verte, des arbres plus gros que d’habitude. Un sentiment de bien-être aussi.Je ne sais pas pourquoi, c’est difficile à expliquer, mais ce coin m’a laissé une impression assez incroyable. Il faudra que j’y retourne.

En alerte

La journée touche à sa fin et le temps de monter le tarp et faire à souper, le soleil se couche. J’ai juste eu la visite d’un écureuil lorsque je faisais chauffer les pâtes. Je me couche ensuite, satisfait de ma journée :il a fait beau, les vétemenst sont secs et j’ai vu pas mal de choses aujourd’hui.

 mardi 19 mai

Bon, le beau temps n’a pas duré : un bon 3cm de neige au sol. tout est blanc par terre ! Je remballe le matériel et repars, en essayant de rejoindre le sentier, qui ne se trouve plus très loin. L’inconvénient majeur de cette petite couche de neige est que je ne sais pas sur quoi je marche:liquide ou solide. Cela me rappelle l’automne et je met le pied où il ne faut pas plus souvent qu’à mon tour.

Pour me repérer, ce n’est pas compliqué : un ruisseau part du lac et coupe vraisemblablement la route. Je ’ai qu’à le suivre. Une fois arrivé, je m’aperçois que ce chemin est en fait plus que ça : c’est une immense gravière, qui a du servir durant la construction du barrage. C’est assez énorme (le sentier fait plus de 5km de long). Il doit y avoir moyen de voir de belles choses par ici.Je sais qu’un camp est construit à la fin du sentier et occupé par des chasseurs. Je ne vais donc pas jusqu’au bout.Il neige toujours et j’arrive au bout de mon ravitaillement. Je suis le sentier, où je trouve une belle piste d’ours qui le traverse. Au vu de l’empreinte, il doit avoir une belle taille !

Arrivé sur la trans-taïga, je suis à 10 km du mitogan. J’entame la marche vers celui-ci,sous une neige battante. En chemin, j’essaie de réfléchir à la suite de la vadrouille. Soit je récupère une journée de nourriture et passe une journée supplémentaire dans le secteur, soit je retourne au camp de base. Cela me permettrait de récupérer le tapis de sol et sécher un peu les affaires. Je n’ai toujours pas tranché lorsque j’arrive à ma cache de nourriture, mais j’ai croisé une petite famille de caribous.

Retardataires

Je prends un lunch tranquillement, puis met dans mon sac de quoi souper et repars sur la route. 3kmplus loin, une voiture s’arrete :c’est justement l’occupant du camp au bout du sentier. On discute un brin puis, j’accepte sa proposition de me ramener au niveau de mon camp de base. J’aurais le temps de retouner en vadrouille avant la rencontre du 26.

Un 25 mai en Baie-James

Arrivé au camp,je change de vétements et pars couper du bois : même fin mai, le poêle à bois n’est pas inutile par ici. Je lance ensuite l’ordi pour vérifier mes mails : rien de dramatique ne s’est déroulé en mon absence. Fin de la vadrouille.

Pour voir d’autres photos de celle-ci, visitez l’album sur Flickr !

Voir en ligne : Les photos de cette vadrouille




Article précédent : Résumé de la première année de terrain
Article suivant : Autour du camp : mai 2009