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Arrêt prématuré du projet de terrain

Pour cause administrative, mais rien n’est terminé

samedi 14 août 2010, par Mickaël Brangeon

Les dernières nouvelles du terrain étaient plutôt positives : la zone de rendez-vous a été trouvé, tardivement, et j’ai pu observer quelque temps les louveteaux de l’année. Même si je n’ai pas pu approcher suffisamment près les louveteaux, qui semblent être nés en avance cette fois ci, j’ai pu être proche de la zone la plus active de l’année.

Malheureusement, cette découverte tardive a un goût amer. Ce qui devrait être une joie et l’apothéose d’un été de recherche a été gaché par l’arrivée d’une nouvelle en forme de coup de massue. Le ministère de l’immigration du gouvernement Canadien a donné un avis négatif concernant la prolongation de mon séjour en Baie-james, donnant ainsi un coup d’arrêt prématuré au projet d’observation.

  L’histoire en détail

Cette histoire de visa était le point faible de notre présence ici. En effet, les projets de Peuple Loup sont alternatifs et difficilement classables. personnellement, je ne suis pas étudiant et ne peux demander un visa d’études (un établissement scolaire est demandé ainsi qu’un parcours scolaire adapté à la demande). Je pouvais difficilement demander un visa de travail : Je ne travaille pas et n’ai pas d’employeur. La procédure qui a été utilisée est toute simple : partir en simple visiteur et faire des demandes de prorogations régulièrement.

Ces demandes sont ensuite traitées par le service de l’immigration et une répons est envoyée au demandeur. Lors du premier projet, tout s’est bien déroulé et même si la dernière demande a été vérifiée en profondeur, j’ai pu ainsi effectuer le précédent projet dans les règles. Cette fois-ci, il y a eu des complications supplémentaires.

  • le projet s’est déroulé dans une zone plus éloignée (Radisson, oů se trouve ma boite postale, est à 400km). Je ne suis jamais retourné vérifier ma boite postale, que j’avais laissé en surveillance à une connaissance locale.
  • Les contacts téléphoniques pour me rejoindre n’étaient pas fiable. J’ai eu le ministère une fois par téléphone pour une précision, et c’était bien un coup de chance.

J’ai donc envoyé les demandes aux dates requises, tous les 6 mois. Je n’ai jamais reçu de réponses à mes demandes, ce qui m’a bien évidemment surpris. Mais mon intermédiaire local m’affirmait n’avoir reçu aucune nouvelle. Ce qui fait que je n’ai pas poussé plus loin et suivi le vieil adage « pas de nouvelles, bonnes nouvelles » en continuant à respecter la procédure.

Il y a un mois, je reçois de Léandre, mon livreur préféré, une pile de lettres. Celles ci ont été déposées dans sa boîte postale à mon intention. Deux d’entre elles provenaient du ministère de l’immigration. La première datait de janvier 2009 et donnait un avis favorable à ma première demande. La seconde arrivait 6 mois plus tard et m’annonce que la demande suivante a été rejetée, sans raison particulière.

Le coup de bambou est arrivé en retard, mais son effet n’a pas perdu de sa force, au contraire. Le fait de recevoir cette lettre de refus un an après a des conséquences.

  • les recours possibles (peu nombreux à la base) sont caduques. Je suis personnellement en situation irrégulière et le fait d’être en Baie-James n’y change rien.
  • Un tel retard me place dans la catégorie « indésirable » au yeux de l’immigration canadienne et rend tout prochain projet dans ce pays très incertain.

Voilà les faits, et maintenant ?

 La suite

Les choix sont minces. Sans mentir, j’ai bien sur pensé oublier ces mauvaises nouvelles, brûler les lettres et faire comme si je n’etais pas au courant. ce n’est pas en Baie-james qu’on va venir me contrôler et me chercher… Seulement, cette décision mettrait à mal tout ce que Peuple Loup essaie de faire passer au travers de ces actions. Le respect des lois fait partie des choses importantes. Bien sur, je trouve cette décision injuste : on ne dérange personne, on respecte les contraintes du statut de visiteur, et notre but est utile, nécessaire. Cependant, ce n’est pas à nous de définir les lois qui régissent l’immigration au Canada et si nous passons outre volontairement, alors cela donne raison à d’autres personnes qui violent d’autres lois en pretextant que celles-ci ne font pas leurs affaires.

Porter au plus haut nos demandes de rejugement et crier bien fort à l’injustice pour tenter de faire basculer la décision ? C’est cause perdue, surtout à cause du délai, et le gouvernement Canadien n’est pas réputé pour être tendre de ce coté là. Un appui de la communauté Crie aurait pu aider, mais personne ici ne sait comment se débattre dans ces procédures administratives. Jouer avec le temps et les procédures ? ce serait ternir les bases de ce projet, en altérant la démarche positive que nous souhaitons coller à celui-ci.

Que reste t’il, sinon accepter, faire son deuil et se retirer ? Oui, le projet de terrain n’est pas terminé, il restait quatres saisons, un an complet. L’année qu’il me manquait la dernière fois et que je considérais comme fondamentale. Ce n’est pas rien. Les rencontres avec la meute n’ont pas été exceptionnelles, mises à part les louveteaux (jamais rencontrés lors du premier projet), le territoire n’a même pas été entièrement visité, tellement immense, sans limite réelle. J’aurais aimé passé le dernier hiver, fort de mes echecs et de mes apprentissages. J’aurais aimé être capable d’être plus mobile, plus autonome.

Je me retourne et vois à quel point j’ai pu perdre du temps : « on a le temps, on a trois ans ». Deux ans et trois mois après le début du projet de terrain, j’ai l’impression d’être arrivé la veille et de n’avoir rien fait, et pourtant. Deux ans et trois mois, qu’en reste t’il ? La difficulté de voir des loups et de les approcher bien sur. Des interactions intéressantes avec toute la faune et la flore, avec la Taïga. Des petits conflits d’intérêts avec les ours noirs, réglés à l’amiable et sans armes, juste quelques faces à faces et des dialogues. Ici, personne ne songe rentrer dans le bois sans une arme. Les gens se rappeleront de botchchikii, qui n’en a jamais eu et qui ne la jamais regretté. Oui, c’est possible de vivre au milieu des ours, des loups et des écureuils, seul , sans armes, juste avec l’envie d’observer et de comprendre, juste en cessant de se prendre pour le « maître du monde ».

Alors oui, le bilan, même s’il sera entaché par cet arrêt prématuré, ne sera pas négatif. J’ai recueilli plus de données que la fois précédente, plus d’expériences diverses. J’ai grandi un peu plus et j’ai des choses à partager. Plein. Il reste maintenant à mettre en forme, à analyser certains points, à développer les carnets de vadrouilles pour en sortir des informations moins chronologiques. Faire le lien de tout ce que j’ai vu avec les loups, car bien sur, lien il y a. Ce site était le reflet du terrain, par des comptes-rendus chronologiques. Il va maintenant prendre plus de consistance et tout deviendra un peu plus clair.

Un an en avance, nous allons surtout attaquer la phase suivante : la tournée scolaire va se mettre en place, dès la rentrée prochaine. Sur la base de présentations adaptées, de diaporamas, de tout ce qu’on sera capable de proposer en fait. La phase la plus importante va arriver : le dialogue et l’échange, en direct, pendant au moins deux ans. Expliquer notre démarche et nos convictions, partager des moments de bonheur, des instants magiques et peut-être faire voir le loup autrement, sans chimères ni légendes. Il est difficile de faire passer cela depuis internet, surtout avec des enfants. C’est maintenant que nos messages vont porter leurs fruits, sur la base de ce vécu.

Le retour en France va se faire rapidement, pour ne pas perdre de temps et ne pas gacher l’année scolaire qui s’en vient. Il faudra trouver le véhicule, créer les présentations, reprendre ses marques et changer de rythme de vie. C’est ce qui sera le plus compliqué pour moi. Je me suis fondu trop profondément dans cette Taïga pour que ce départ soit indolore. Il va falloir que je digère et que je relance la machine. Les yeux d’enfants qui brillent sont des remèdes efficaces et je veux en voir beaucoup.

  Remerciements

Il ne faut pas finir sur des penseés sombres. Un grand merci à tous ceux qui permis que le projet de terrain aille jusque là : les membres de l’association bien sur, ils se reconnaitront. Nos partenaires, financiers ou logistiques. Les écoles qui ont suivi mois après mois nos péripéties. Nos lecteurs, peu nombreux, mais peu importe : J’ai été heureux de partager tout cela avec vous. bons ou mauvais moments : deux ans dans la Taïga, c’est quelque chose qui ne s’effacera jamais, et j’espère que vous avez passé de bons moments avec nous.

A bientôt, sur les routes de France ou d’ailleurs, entre deux vadrouilles.




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