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Publié : 9 janvier
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21 décembre 2009 au 5 janvier 2010

La période des fêtes

Après quelques temps à Nouchimi, je suis reparti au camp de base, alourdi de « sparkplugs » (bougie d’allumage) qui pourraient rendre vie à la génératrice HS et de 4 boîtes envoyées chaleureusement par Sylvain. Elles contiennent pas mal de denrées indispensables : pâtes, café, sirop d’érable, poële de cuisson. Plusieurs tapis de sol et du matériau isolants vont me permettre de boucher les trous qui restent au camp et garder un peu plus la chaleur.

Je ne vais pas partir de suite en vadrouille. Comme d’habitude, je dois récupérer de mes nuits devant le pc et repréparer la sortie suivante. Je vais sortir dans les alentours du camp jusqu’à Noël. Cela me permet de réparer une des raquettes que Pierre m’a donné : les sangles en cuir sont usées et je dois jouer du fil de fer pour assurer la connection. Je pense à placer un bon morceau de ce fil dans le sac à dos, cela risque de servir plus tard !

Noêl a été une soirée calme et devant l’ordinateur.Hé oui ! la nouvelle bougie a réssuscitée la bête et je peux de nouveau me connecter et avoir de l’electricité au camp. Un très beau cadeau pour ma part. Je vais passer le réveillon en tête à tête avec Bob en bon geek des familles ! J’irais ensuite me coucher tôt : j’ai vu trop juste en bois et je tombe à sec rapidement.

  Samedi 26 au mardi 28 décembre

Le problème principal pour se bouger en hiver reste la durée du jour. Lorsqu’il fait nuit à 15h30, cela signifie que les déplacements doivent être bien réglés si on veut monter son camp lorsqu’il fait jour. Cela m’a fait repousser plusieurs départs depuis décembre. Pour ce coup ci, j’ai résolu le problème en prévoyant une halte en route.

Je souhaite retourner sur le lac Corvette, visité en fin d’été dernier. Je ne sais pas pourquoi j’ai tant d’affinités avec ce lac mais je ressens régulièrement son appel. Pour ce coup, je tente un autre passage, qui semble moins vallonné : avec le traineau, plus c’est plat, plus c’est bon !

L’accès depuis la route se fait 25 km à l’ouest du camp de base. Cela implique 5h de marche, ce qui est limite en cette période. Je prévois de m’arrêter au mitogan, 7km plus prêt. Le gros avantage de ce mitogan abandonné est qu’il offre un abri tout fait, avec des coins où la neige est absente. Cela m’évite le montage du tarp.

Il va faire beau durant toute la journée ; Frais au matin mais le soleil réchauffe vite le corps. Une piste de loup m’accompagne sur une bonne partie du chemin. Celui-ci a profité de son trajet pour laisser sa marque : tous les km environs, il a uriné sur le banc de neige le long de la route. Pas des petits pipis : il a mis la dose à chaque fois !

J’arrive à destination alors que le soleil se rapproche de son lit. Je débarque le matériel et m’installe, avant de chercher un peu de bois pour le souper. Je ne compte pas faire de feu : le sol est couvert de feuilles mortes et il y a beaucoup de bois sec autour. Il ne fait pas froid de toute façon.

Dimanche, le temps est à la neige et au gris. Je prends mon temps devant le déjeuner avant de partir vers le sud pour voir un peu les traces. Les caribous ne sont plus dans ce coin. En passant sur un petit lac, je me rends compte que le gel des lacs n’est pas extraordinaire : par endroit, je m’enfonce et l’eau remonte derrière mes pas. Pas rassurant ! En revenant de la sortie, la réparation de la raquette gauche lache. je réajuste comme je peux avec le fil de fer que j’ai dans le sac et reviens au camp comme je peux.

Lundi, la neige se fait plus consistante et la température est vraiment douce. Très humide par contre. Je répare un peu mieux la raquette, fais un peu de bois, nettoie l’appareil photo qui n’a pas fier allure. Ca, c’est un gros souci. Du coté de la batterie, j’ai trouvé une solution qui me semble efficace, mais contraignante : J’enlève la batterie de l’appareil et la stocke sur moi, emballée dans de l’isolant (tapis de sol). Contraignant car si je souhaite prendre une photo, il faut déballer la batterie et la remettre en place. Avec les gants, cela prend du temps.

Mais le souci est le boitier. Je n’ai pas trouvé de solution pour isoler complétement celui-ci. Il reste le « cul » du boitier à l’air libre et vulnérable aux chutes de neige. Lorsqu’il fait doux, cela rend l’appareil tout mouillé. Lorsqu’il fait froid, cela « freeze » tout le mécanisme. En résumé : je ne prends que peu de photos, jamais rien de vivant car tout prend trop de temps, et certains jours, je ne suis même pas capable de m’en servir.

  Mardi 29 décembre

Je redécolle pour la suite du périple. J’ai le temps. J’ai de quoi manger pour de nombreux jours et je sens déjà que le Corvette ne sera pas à ma portée pour cette fois ci encore. On verra bien.

Je progresse cependant. Je sens que les automatismes de l’hiver rentrent dans ma peau, tranquillement. J’ai aussi trouvé une configuration efficace pour le chargement du traineau. J’utilise le gros sac à dos de 70l et peux y insérer nourriture et couchage, alors que mon sac à dos normal prend les accessoires et le change. Cela équilibre bien l’ensemble et le tout est bien fixé sur le toboggan. Par dessus le tout : hache, scie, raquettes lorsque je ne m’en sers pas.

Ca frisotte ce matin. les bottes sont gelées bien raides et je dois les mettre à chauffer près du réchaud à bois avant de pouvoir les enfiler. Sur le trajet, la barbe se blanchit à vue d’oeil et le nez colle un peu : c’est bon signe.

Rien de bien spécial sur la route. Je coupe au niveau du sentier, que personne n’a emprunté apparemment. J’embarque donc pour du hors-piste et vais avoir une meilleure idée de ce que je vais être capable de faire. Et bien, ca avance mais en douleur. Les raquettes m’emmenent pas trop loin au fond, ce qui est déjà ça. Mais tirer le traineau dans la foulée fatigue vite,surtout dans les quelques petites montées qui s’offrent à moi.

Je vais stopper ma progression 2km plus loin, alors que lesoleil m’indique qu’il est temps de s’occuper de mon abri du jour. Je choisis une place proche de quelques arbres morts et monte le camp.

Prendre la scie pour les vadrouilles est très avantageux. Je peux débiter le bois pour qu’il aille bien dans le réchaud. Je « beurre » moins le bois de neige lors de la coupe. Je peux faire tout ça sous le tarp, assis. Cela me fait également gagner pas mal de temps et je peux aisément en profiter pour confectionner un réflecteur efficace pour le feu du soir.

  Mercredi 30 décembre

Arf… le coin que j’ai choisi n’est pas le meilleur : avec les montagnes au sud, je n’ai pas de soleil depuis le camp. C’est un peu dommage car c’est très agréable de voir les rayons du soleil au lever. Petit déjeuner rapide, après avoir dégagé un peu de neige qui s’est engouré sous l’abri. Je vais passer la journée dans le sud. J’essaye un principe : explorer un jour avant la zone où je vais passer ensuite avec le traineau. Cela permet de taper la neige et donc de faciliter la marche lorsque l’on est chargé.

Je vais donc passer autour de plusieurs lacs, suivre quelques pistes et m’engager dans une zone que je ne connais pas du tout. Le ciel est au bleu pastel : une fine brume éclaircit le ciel, tandis que de la neige fine tombe. Enfin, techniquement, il ne neige pas, c’est le vent qui doit ramener la poudreuse de la veille. Mais en pratique, il neige sous un ciel sans nuages concrêts.

Il fait chaud rapidement. J’ai fait une erreur dans mon habillement. J’ai en effet récupéré un gros pull en polaire très agréable, que j’ai complété avec ma parka pour au cas où. Le problème est que la polaire ne coupe pas le vent et que marcher en parka donne trop chaud. Je regrette de ne pas avoir pris la softshell aux couleurs de Peuple Loup (fournie par Goretex).

Les raquettes tiennent bien le choc durant cette journée, ce qui est une bonne nouvelle. Par contre, le dénivelé est plus important que je ne l’avais prévu et j’ai encore des mauvaises surprises avec un des lacs : il n’y a que les bords qui sont vraiment surs.

Je reviens au camp un peu avant la tombée de la nuit. Je vais faire une bonne coupe de bois et rester pas mal de temps en face à face avec le feu. Je met à sécher mes feutres de bottes, mes gants. Il reste le dos qui me fait froid dans le dos (c’est le moment de le dire !) car j’ai transpiré durant cette journée.

Alors que je suis couché, je vais avoir une bonne surprise : Un loup va se mettre à hurler. Il n’est pas très loin. Il va lancer 4 séquences courtes, espacé d’une minute environ. Il se déplace entre chaque série de vocalises. 5 minutes après le dernier appel, un autre loup va répondre. Il se trouve à peu près à la même position que le premier loup lors de son premier appel. La réponse du premier loup ne se fait pas attendre et ils vont « dialoguer » pendant une ou deux minutes. Le second loup a une voix plus grave que le premier.

Je suis heureux : encore une fois, mes pistes vont être sur leur chemin. Ils vont savoir que « botchchikii » est dans la zone.

  Jeudi 31 décembre

Il a beaucoup neigé cette nuit et il y a du vent. Pas de bol pour ce coup ci, cela signifie que les pistes des loups hurleurs ne sont plus disponibles. Il fait doux mais le ciel est gris et peu engageant. Je nettoie l’appareil photo qui était complétement gelé et repart vers le sud dans un premier temps. Le ciel va se dégager assez rapidement, devenant comme la veille : un bleu palôt. Je met en pratique les prises de photos à quelques places. Rien de folichon et un temps fou pour prendre la photo. La batterie ne donne pas de signe de faiblesse.

Sud,ouest, puis nord. Je patrouille dans une zone et découvre le territoire. Toujours trop chaud. La neige tombée dans la nuit encombre les arbres et vient me tomber dessus des que je me frotte d’un peu trop près de ceux-ci. La neige froide dans le cou, c’est pas très agréable ! il faut enlever souvent la neige de ses vétements avant que celle-ci impregne le tissu et le trempe. Je dois ressember à un bonhomme de neige tellement tous mes vétement sont teintés de blanc :)

Retour au camp. Je dois chercher un peu plus loin du bois : c’est le dernier jour de l’année, cela mérite un bon feu !

  Vendredi 1er Janvier

Le soleil est au rendez vous ce matin,même si je ne le vois pas ! direction est pour aujourd’hui. Ce secteur est assez fourni en lacs et la forêt est plutôt dense. Je vais sentir la raquette gauche faiblir vers le milieu de la journée. Je rajoute un autre bout de fil de fer lorsqu’un autre bout de cuir s’arrache après un effort. Il y a maintenant plus de fil de fer que de cuir sur cette raquette ! deplus deux lanières de babiches ont cédé et le tamis se détend de plus en plus.

C’est sur maintenant que je ne vais pas aller plus au sud avec le toboggan. Il y a les raquettes en mauvais état c’est sur, mais il y a d’autres raisons. En ce premier jour de l’an, je fais un point en marchant. Qu’est ce qui m’empêche d’être aussi mobile que je le souhaite ? d’autres personnes avant moi se sont déplacés dans cet environnement. Pourquoi pas moi, pourquoi est si dur ?

  • Une condition physique insuffisante.
  • Une crainte d’avoir des soucis en étant loin peut etre
  • Un matériel qui ne me donne pas toute confiance

Les deux dernières raisons sont résolvables et sont liées. La première est plus difficile à résoudre. Cela passe par ce type de sortie et surtout par une pratique plus soutenue dans l’effort. Le lac Corvette en hiver et en hors-piste ? à mon niveau actuel, ce n’est pas envisageable pour le moment. Mais je travaille pour. Je marcherais là où j’ai nagé cet été, ce n’est pas négociable. Il faut juste quelques ajustements.

  Samedi 2 janvier

Après le sud et un peu l’est, let’s go pour l’ouest et une petite zone montagneuse. Au moment de chausser les raquettes, la lanière qui tient le talon me reste dans les mains… le dernier bout de fil de fer tombe à pic mais lafixation n’est pas super, il y a du jeu. Tant pis.

Une petite frayeur également : au moment de traverser un ruisseau, monpoids fait craquer la couche de neige sur 10m aux alentours, dans un bruit d’effondrement ! rien de méchant, tout s’est affaissé d’un coup et j’avais choisi un endroit peu large. mais bon coup de sang quand meme, la sensation est très étrange !

Du coté des pistes, il n’y a rien de merveilleux. seulement des vieilles traces de caribous, et quelques écureuils qui empruntent leurs tunnels sous la neige. Le paysage n’est pas non plus grandiose. Il y a peu d’endroits remarquables et la vue n’est pas super. Ca ne motive pas pour sortir l’appareil. Un des défis aussi de cette sortie est de savoir si la batterie peut durer dans le temps. A priori oui pour le moment, mais j’ai tendance à limiter mes essais quotidiens : le but est d’avoir du jus jusqu’au retour.

  Dimanche 3 janvier

Un beau soleil et des diamants sur la neige. C’est un des phénomène que j’aime le plus en hiver : lorsque le soleil tape sur la neige et que les cristaux s’illuminent, cela donne une impression de calme et le sentiment d’être dans un lieu magique. Des paysages qui paraîtraient ordinaires sous un ciel quelconque se transforment en trésor.

C’est le jour de la grosse montagne. Je ne vais pas la grimper, mais en faire le grand tour. Un circuit de 6km environ en hors-piste, avec du fort dénivelé et un niveau elevé de neige par endroit. Par deux fois dans la journée, je vais devoir arranger la raquette. Niveau bestioles, je vais croiser des lagopèdes, mais impossible de prendre une photo.

Retour au camp fatigué et transpirant, mais content : j’ai pu avancer correctement aujourd’hui. Par contre, le couchage devient bien humide. Tout l’extérieur du defence 4 est gelé et la plateforme de neige qui me sert de sommier s’est creusée sous moi : cela devient pas très confortable et la fermeture des sacs devient compliqué.heureusement qu’il ne fait pas -40°.

  Lundi 4 janvier

Départ de la zone. Aujourd’hui je retourne au mitogan. J’ai le temps et remballe tout le matériel. La nouvelle organisation du traineau rend la tâche plus rapide et moins rude pour les doigts. Bien sur, je prépare un feu pendant que je remballe : remettre les sacs de coucage dans leur emballage refroidit beaucoup les doigts, de même pour le démontage du tarp.

Le retour avec le toboggan vers la route n’est pas aussi facile que j’aurais imaginer : même si la piste est tapée, cela donne chaud, et une autre accroche de la raquette se débine. La, cela devient très bancal et rend la marche désagréable.

De retour au mitogan sous une neige collante et humide. On se croirait en octobre.

  Mardi 5 janvier

Départ de bonne heure, je n’ai pas très bien dormi. Il est temps que je sèche mon équipement de couchage.Je ne vais pas passer trop de temps sur la route : 4km après le départ, je vais croiser Jocelyn, de Nouchimi. Il a fini son travai et retourne chez lui. Il m’apprend que Lucie est actuellement à Nouchimi, ce qui est une bonne nouvelle car je dois absolument la voir avant qu’elle ne quitte définitivement son emploi. Il va faire un détour et me déposer au niveau du camp. Cela va me donner le temps de rejoindre difficilement le camp avec une raquette moribonde et de faire une bonne coupe de bois.

Ensuite, je vais mettre à sécher tout le matériel et passer le reste de la journée tranquillement en regardant ce qui s’est passé sur internet pendant mon départ. Fin de la vadrouille.